L’article ajoute : comparai
son des causes générales de la grandeur de Rome avec celles de sa décadence (même chap., cf. note précédente).
Table remplacée dans Téd.
Barckhausen par un Index plus complet.
CONSIDÉRATIONS
2® L’autre analyse est due à d’Alembert dans son Eloge de Montesquieu^ paru en tête du Tome V de V Encyclopédie (1755). Rappelons que cet Eloge a été fait sur des documents que le fils de Montesquieu avait fournis à d’Alembert, et sur des notes ou lettres disparues aujourd’hui :
« M. de Montesquieu trouve les causes de la grandeur romaine dans l’amour de la liberté, du travail et de la patrie, qu’on leur inspirait dés l’enfance ; dans la sévérité de la discipline militaire ; dans ces dissensions intestines, qui donnaient du ressort aux esprits, et qui cessaient tout à coup à la vue de l’ennemi ; dans cette constance après le malheur, qui ne désespérait jamais de la république ; dans le principe où ils furent toujours de ne jamais faire la paix qu’aprés des victoires ; dans l’honneur du triomphe, sujet d’émulation pour les généraux ; dans la protection qu’ils accordaient aux peuples révoltés contre leurs rois ; dans l’excellente politique de laisser aux vaincus leurs dieux et leurs coutumes; dans celle de n’avoir jamais deux puissants ennemis sur les bras, et de tout souffrir de l’un jusqu’à ce qu’ils eussent anéanti l’autre.
« Il trouve les causes de leur décadence dans l’agrandissement même de l’État, qui changea en guerres civiles les tumultes populaires ; dans les guerres éloignées qui, forçant les citoyens à une trop longue absence, leur faisaient perdre insensiblement l’esprit républicain ; dans le droit de bourgeoisie accorcTé à tant de nations, et qui ne fit plus du peuple romain qu’une espèce de monstre à plusieurs têtes ; dans la corruption introduite par le luxe de l’Asie ; dans les proscriptions de Sylla, qui avilirent l’esprit de la nation, et la préparèrent à l’esclavage ; dans la nécessité où les Romains se trouvèrent de souffrir des maîtres, lorsque leur liberté leur fut devenue à charge ; dans l’obligation où ils furent de changer de maximes en changeant de gouvernement ; dans cette suite de monstres qui régnèrent, presque sans interruption, depuis ' Tibère jusqu’à Nerva„ et depuis Commode jusqu’à Constantin ; enfin, dans la translation et le partage de l’Empire, qui périt d’abord en Occident par la puissance des Barbares, et qui, après avoir langui plusieurs siècles en Orient sous des empereurs imbéciles et féroces, s’anéantit insensiblement, comme ces fleuves qui disparaissent dans les sables. »i]
Analysé et Extraits.
[Un premier groupe est formé par les chapitres I, II, III.
La Rome primitive semblait déjà prévoir sa grandeur si l’on en juge par ses édifices publics. Cette grandeur était due à l’institution du
1. L’épigraphe que Montesquieu avait choisie pouiTes Considérations était ce début d’un vers de Glaudien (poète latin du 4« siècle de notre ère) : « U t lapsii graviore ruant ! » Texte complet : «Ils s’élèvent dans la nue, Afin de s'écrouler d’une chute plus
lamentable ». Voyez dans l’édition Barckhaiisen (Avant-Propos, XI sq.) une tentative d’explication du livre tout entier par la haine de Montesquieu pour les extensions territoriales énormes et les conquêtes violentes.
MONTESQUIEU
triomphe, à l’adoption des usages étrangers que Rome jugeait préférables aux siens, au génie de ses rois. Tarquin lui-même était un prince de grand méi?ite. L’établissement des consuls annuels, après l’expulsion des rois, la distribution du butin aux soldats et des terres conquises aux citoyens, la continuité des guerres, la constance des Romains, les difficultés mêmes des premiers succès, sont autant de causes de grandeur. La tyrannie des décemvirs prouve que l’agrandissement de Rome est lié à sa liberté, le siège de Veies est l’occasibn d’une très heureuse transformation militaire, tandis que la prise de Rome par les Gaulois n’a aucune conséquence importante. (Chap. I. Commencements de Rome ; Ses Guerres.)
Puisque Rome est en guerre continuellement, il importe de bien voir ce qu’était la légion et ce que valait le soldat romain. La légion est un corps d’armée complet, et qui se suffit à lui-même ; l’éducation des soldats romains est fort bien comprise, notamment en ce qui concerne les exercices du corps ; la discipline inébranlable suffit à réparer les pertes ; le soldat romain a une santé robuste, les désertions sont rares, les violations de la discipline sont toujours notées dans des armées peu nombreuses, les marches sont rapides par suite de l’état des voies de communication, la confiance du soldat en dui-même et sa ténacité même dans l’insuccès sont des gages de victoire ; quand l’ennemi a des avantages particuliers, les Romains les éludent ou se les approprient. (Chap. II : De VArt de la Guerre che'i les Romains.)
De bons soldats ne suffisaient pas pour conquérir le monde : il fallait un nombre- de citoyens assez considérable, de citoyens capables de tirer la Rome primitive de son abaissement ; c’est l’objet du chapitre IIL]