Dissimuler = ne pas remarquer^ ne pas sentir
Doit-on donner au mot « injures » le sens latin : « injustices » ? Nous ne le croyons pas, surtout parce qu’il faut voir ici une allusion au discours insolent que prononcèrent au Sénat les ambassadeurs des Rhodiens, pendant la guerre contre Persée (169). Un sénateur proposa de laisser ces « injures » sans réponse.
3. Les Achéens (suspects de favoriser Persée) furent envoyés à Rome pour être jugés. Iis y restèrent 17 ans. Jamais on ne les jugea. Poiybe était du nombre. 11 cite lui-même d’autres exemples . Des Carthaginois ayant • soutenu Andriscos, qui se donnait pour le tils de Persee, Carthage offre de les livrer ; Rome refuse, comptant tirer profit de cet acte.
4. Remarque fort juste, en général du moins : l’exemple des peuples de l’Italie se laissant écraser les uns après les autres, au lieu de s’unir contre l’ennemi commun, est frappant.
5. Recevaient la guerre est une expression énergique et tout à fait juste ; « la faisaient » est une tournure trop banale, et on attendrait une antithèse mieux marquée.
MONTESQUIEU
ambassadeurs qu’ils envoyaient chez les peuples qui n’avaient point encore senti leur puissance étaient sûrement maltraités ; ce qui était un prétexte sûr pour faire une nouvelle guerre h
Gomme ils né faisaient jamais la paix de bonne foi, et que, dans le dessein d’envahir tout, leurs traités n’étaient proprement que des suspensions de guerre, ils y mettaient des conditions qui commençaient toujours la ruine de l’Etat qui les acceptait. Ils faisaient sortir les garnisons des places fortes, ou bornaient le nombre des troupes de terre, ou se faisaient livrer les chevaux ou les éléphants ^ ; et si ce peuple était puissant sur la mer, ils l’obligeaient de brûler ses vaisseaux, et quelquefois d’aller habiter plus avant' dans les terres
Après avoir détruit les armées d’un prince, ils ruinaient ses finances par des taxes excessives ou un tribut, sous prétexte de lui faire payer les frais de la guerre : nouveau genre de tyrannie qui le forçait d’opprimer ses sujets, et de perdre leur amour
Lorsqu’ils accordaient la paix à quelque prince, ils prenaient quelqu’un de ses frères ou de ses enfants en otage ; ce qui leur donnait le moyen de troubler son royaume à leur fantaisie. Quand iis avaient le plus proche héritier, ils intimidaient le possesseur ; s’ils n’avaient qu’un prince d’un
1. « Un des exemples de cela, c’est leur guerre contre les Dalmates. Voyez Polybe. » (M.)
Polybe en effet (XXXII, xix) nous montre que l’envoyé romain vient déclarer au sénat que les Dalmates n’^ontpas voulu l’entendre. La guerre est déclarée et les Dalmates sont soumis. — Les ambassadeurs romains sont maltraités à Parente : de là encore la guerre, etc.
2. Allusion au traité qui termine la deuxième guerre punique ; vaincue à Zama (202), Carthage doit livrer armes, éléphants, vaisseaux ; elle payera 10,000 talents (54 millions environ) en 50 ans ; ne fera plus de guerre sans autorisation, etc.
3. Allusion à la mauvaise foi des Romains avant la troisième guerre punique. En 149, Carthage ayant été obligée de lever une armée pour reprimer les
Numides, Rome prétend qu’elle a violé le traité de 201, envoie une armée en Afrique. Carthage propose une réparation. Rome lui prend ses armes, ses vaisseaux, ses machines, puis, quand les Carthaginois sont sans défense, elle leur ordonne de se retirer à 15 kil. dans les terres. C’était la ruine pour ce peuple commerçant. Il se souleva indigné. La population fut égorgée, la ville rasée, remplacement déclaré maudit,...
et les Romains recommencèrent de plus belle à parler de la mauvaise foi punique.
4. Antiochus^ roi de Syrie, vaincu par Scipion l’Africain, se voit obligé, pour payer le tribut aux Romains, ae piller un temple, et ses sujets le lapident (186) ; son successeur Séleucus emploie les onze années de son régné à ramasser de l’argent pour payer le tribut.
CONSIDÉRATIONS
degré éloigné, ils s’en servaient pour animer les révoltes des peuples ^
Quand quelque prince ou quelque peuple s’était soustrait de l’obéissance de son souverain^, ils lui accordaient d’abord le titre allié du peuple romain^’, et jiar là ils le rendaient sacré et inviolable : de manière qu’il n’y avait point de roi, quelque grand qu’il fût, qui pût un moment être sûr de ses sujets, ni même de sa famille.
Quoique le titre de leur allié fût Une espèce de servitude, il était néanmoins très recherché^; car on était sûr que l’on ne recevait d’injures que d’eux, et l’on avait sujet d’espérer qu’elles seraient moindres. Ainsi il n’y avait point de services que les peuples et les rois ne fussent prêts de rendre*, ni de bassesses qu’ils ne lissent pour l’obtenir.
11 avaient plusieurs sortes d’alliés 6. Les uns leur étaient unis par des privilèges, et une participation de leur grandeur, comme les Latins et les Herniques^ ; d’autres, par rétablissement même, comme l»urs colonies^; quelques-uns
1. Il manque encore une hypothèse : si c’était un peuple libre, Rome se faisait donner comme otages les fils de toutes les premières familles, dont certains ne revoyaient jamais leur pays natal.
Pour éclairer tout ce paragraphe, lisez la Préface du Nicomède de Corneille.
2. Se soustraire de est aujourd’hui moins usité que se soustraire à. Réglé : La préposition de s'employait très soiwent au
siècle, et quelquefois au i8^ siècle, avec Zcs* verbes qui demandent aujourd'hui la préposition à,.
Ex. : « fl les exhorta d’avoir bon courage. » (Yaugelas.)
3. (( Voyez surtout leur traité avec les Juifs au premier livre des Machahées, chap. VIII. » (M.)
En 158 avant J.-Gt, les Juifs, révoltés contre Démétrius Soter, roi de Syrie, font appel aux ^OUidilïïS. {Les Machahées, L. I, chap.
III ; le traité est compris entre les versets 21 et 29.)
4. « Ariaratlie fit un sacrifice aux dieux, dit Polybe, pour les remercier de ce qu’il avait obtenu cette alliance. » (M.) XXXIV, XV, en 16B.
Il s’agit d’Ariarathe V, roi de Cappadoce, (220-166).
5. Cf. Orouzet...^ Gr. Fr., p. 140, note I. P. Mais, a côté de prêt à = disposé à, l’usage, contrairement à ce qu’ont décidé plus lard les grammairiens, admettait fort bien prêt de :
Qu’il vienne me parler, je suis prêt de [l’entendre.
(Racine, Phèdre, Y, 5, v. 1482.)
6. Résumé assez habile, et, en définitive, assez exact. 11 est difficile de ramener à des « types » les rapports extrêmement différents qui unissaient Rome aux provinces, aux cités, aux habitants des pays conquis. Les Romains avaient fort bien calculé que, plus ces rapports seraient dissemblables, moins il y aurait de coalition possible entre des peuples qui avaient des intérêts opposés.