Origine des tribuns du peuple
Cf. Esprit des lois., V, ii.
Le tribun (ainsi appelé parce qu’il est nommé par les tribus) n’est pas un magistrat, et n’a aucun caractère religieux. Mais il est inviolable, sacro-saint :
le toucher est une souillure. Il défend les personnes grâce au droit de secours, et les intérêts de sa classe par le veto, droit d’opposition aux mesures des Consuls et du Sénat, Il y en eut d’abord 2, puis 5, puis 10.
Montesquieu a prétendu dans V Esprit des Lois que cette institution mettait la liberté en danger. En fait, ce sont plutôt des consuls ou d’anciens consuls qu’on a pu accuser d’avoir aspiré à la tyrannie.
CONSIDÉRATIONS
Le peuple employait pour lui ses propres forces, et sa supériorité dans les suffrages \ ses refus d’aller à la guerre, ses menaces de se retirer^, la partialité de ses lois^, enfin ses jugements contre ceux qui lui avaient fait trop de résistance. Le sénat se défendait par sa sagesse, sa justice et l’amour qu’il inspirait pour la patrie ; par ses bienfaits et une sage dispensation des trésors de la république ; par le respect que'le peuple avait pour la gloire des principales’ familles et la vertu des grands personnages^ ; par la religion même, les institutions anciennes, et la suppression des jours d’assemblée, sous prétexte que les auspices n’avaient pas été favorables ; par les clients ; par l’opposition d’un tribun à un autre ; par la création d’un dictateur^, les occupations d’une nouvelle guerre, ou les malheurs qui réunissaient tous les intérêts; çnfin, par une condescendance paternelle à accorder au peuple une partie de ses demandes pour lui faire abandonner les autres, et cette maxime constante de préférer la conservation de la république aux
1. Dans les comices par tribus ; mais dans les comices par centuries^ qui élisent les magistrats, les patriciens ont la grande majorité. (Voir plus bas, p. 164, n. 4.)
2. Le peuple se retira encore sur le Mont Sacré en 449 ; Verginius avait été obligé d’égorger sa fille pour la soustraire au déshonneur dont la menaçait Àppius Claudius, le chef des décemvirs (magistrats nommés pour rédiger les lois et qui étaient devenus de véritables despotes). Les décemvirs durent abdiquer, et la puissance tribunitienne fut rétablie.