Le sesterce vaut 0 fr. 21 environ ÿons la République
2. «La loi curiale donnait la puissance militaire, et le sénatus-consulte réglait les troupes, l’argent, les officiers que devait avoir le gouverneur : or, les consuls, pour que tout cela fût fait à leur fantaisie, voulaient fabriquer une fausse loi et un faux sénatus-consulte. » (M.).
La division par curies était une ancienne division religieuse ; aux comices par curies le peuple ne venait plus, et 30 licteurs représentaient les 30 curies ; d’où la facilité de fabriquer une loi curiate, qui n’était d’ailleurs qu’une formalité.
Quant au sénatus-consulte, c’est l’acte officiel, rédigé conformément à l’avis adopté en séance du sénat; il fixe la désignation,
la délimitation, l’attribution des pouvoirs accordés, etc.
3. La « province », c’est la compétence d’un magistrat, le cercle des attributions qui lui sont assignées, et en particulier le commandement à la guerre ; puis, comme ce commandement était borné par des limites géographiques, le mot « province »
a désigné un ressort militaire administratif. Cf. le mot : « département » en français, qui s’emploie aussi avec un sens abstrait ou concret. Pour l’expression, cf. : état de dettes, de frais, de lieux, etc.
4. « La religion, même fausse, est le meilleur garant que les hommes puissent avoir de la probi té des hommes.» (Esprit des Lois, XXIV, VIII.) Voltaire ne dira pas autre chose, mais il y a, par endroits, chez Voltaire, un fond de religiosité qu’on chercherait vainement chez Montesquieu.
5. Voyez à ce sujet La Cité antique de Fustel de Coulanges, p. 234.
MONTESQUIEU
des profusions qui n’en avaient points. , Ceux qui avaient d’abord été corrompus par leurs richesses le furent ensuite par leur pauvreté. Avec des biens au-dessus d’une condition privée, il fut difficile d’être un bon citoyen ; avec les désirs ët les regrets d’une grande fortune ruinée, on fut prêt à tous les attentats ; et, comme dit Salluste on vit une génération de gens qui ne pouvaieint avoir de patrimoine, ni souffrir que d’autres en eussent.
Cependant, quelle que fût la corruption de Rome, tous les malheurs ne s’y étaient pas introduits ; car la force de son institution avait été telle qu’elle avait conservé une valeur héroïque, et toute son application à la guerre, au milieu des richesses, de la mollesse et de la volupté ; ce qui n’est, je crois, arrivé à aucune nation du monde.
Les citoyens romains regardaient le commerce et les arts^ comme des occupations d’esclaves^ : ils ne les exerçaient point. S’il y eut quelques exceptions, ce ne fut que de la part de quelques affranchis qui continuaient leur première industrie; mais en général ils ne connaissaient que l’art de la guerre, qui était la seule voie pour aller aux magistratures et aux honneurs^. Ainsi les vertus guerrières restèrent, après qu’on eut perdu toutes les autres.
[On voit, dans les chapitres ix et x, les causes principales delà décadence de Rome ; les chapitres xi et xii exposent les ^ évènements qui conduisent Rome à la perte de sa liberté.
Les guerres de Marius et de Sylla sont horribles; il vaut mieux aller directement aux lois de Sylla qui rétablissent l’ordre. Mais Sylla
1. « La maison que Cornélie avait achetée soixante et quinze mille drachmes, Lucullus l’acheta, peu de temps après, deux millions cinq cent millé.
Plutarque, Vie de Marius. » (M.).
Chap. XVIII.
Di^achme, monnaie grecque = le denier romain = 1 fr. OU, puis 0,866 à la fin de la République, puis 1 fr. 074. Cf. Esprit des Lois (VII, III) : « Une cruche de vin de Falerne se vendait cent deniers romains : un baril de chair salée du Pont quatre cents ; un bon cuisinier quatre talents, etc. » (talent attique = 5,600 fr.
2. « Ut merito dicatur genitos esse, qui nec ipsi hàbere possint res fami~ tiares, nec alios pati. (Fragment de l’histoire de Salluste, thé du livre de
La Cité de Lieu, L. II, Chap. xvill. » (M.).
Montesquieu a traduit exactementl’extraitrapporté par saint Augustin. Pour tout le passage, lire le Catilina de Salluste.
3. « Romulus ne permit que deux sortes d’exercices aux gens libres : l’agriculture et la guerre. Les marchands, les ouvriers, ceux qui tenaient une maison à louage, les cabaretiers, n’étaient pas du nombre des citoyens.
Denys d’Halicarnasse, L. II ; ibidem, L. IX. » (M.). II, XXVIII ; IX, XXV.
Les arts = les ai'ts manuels.
4. (( Cicéron en donne les raisons dans ses Offices, I, Chap. xlti. » (M.).
5. (( Il fallait avoir servi dix années entre l’age de 16 ans et celui de 47. Voyez Pob'be, L. VI. » (M.).
Cf. plus haut p. 166, n. 4,
CONSIDÉRATIONS
ruine la discipline militaire, « invente » les proscriptions, et par là conduit la république à sa fin. Lorsqu’il a abdiqué, sans qu’il y eût d’ailleurs aucun danger pour lui, il ne s’agit plus que de savoir qui de Pompée ou de César abattra la république. Pompée concentre tous les pouvoirs entre ses mains, s’attire la confiance du sénat par la modération apparente de son ambition, et, quand la faveur du peuple s’éloigne de lui, prend des mesures funestes à la république et augmente le crédit de César, en s’unissant à lui. César, ayant les gouvernements des deux ^Gaules, était un danger redoutable ; Pompée fuit devant César, abandonne l’Italie : la république fut perdue parce que le p^ti pompéien se laissa entraîner à livrer successivement trois batailles décisives. La puissance de Rome ne cessait pas cependant de s’accroître au dehors, mais à l’intérieur la république était condamnée. César commet, entre autres fautes, celle de vouloir la royauté, il ne sait pas cacher son m^épris pour le sénat, et à cette révolution, les Romains privés de leurs honneurs et de leurs occupations mêmes sont dans l’abattement et le désespoir. César- ne pouvait défendre sa vie, il devait être tué par ses amis, car c’étaient ceux qui avaient le plus à perdre au malheur commun, et dans l’antiquité l’assassinat politique était un acte vertueux. (Chap. xi : De Sylla. — De Pompée et César,)
Il n’y avait plus de tyran, mais il n’y avait pas non plus de liberté. Les conjurés n’avaient pas formé de plan ; César avait désigné comme magistrats des gens de son parti,; Antoine s’arrange pour faire écrire par le secrétaire de César des ordres que le sénat fait exécuter comme donnés par le dictateur avant sa mort, :il distribue de l’argent, il obtient du sénat la permission de faire des funérailles splendides. Après l’apothéose de César, la guerre éclate entre Antoine et Brutus ; Cicéron, pour combattre Antoine, prépare l’élévation d’Octave, ce que Caton n’aurait pas fait. Après la défaite d’Antoine, se forme le triumvirat ; Cassius et Brutus se donnent la mort, conformément aux traditions antiques qui encourageaient au suicide l’homme courageux menacé d’un grand malheur. (Chap. xii : De l’état de Rome après la mort de César.) ]