CHAPITRE XIII
Auguste L
Sextus Pompée tenait la Sicile et la Sardaigne; il était maître de la mer, et il avait avec lui une inlînité de fugitifs et de proscrits qui combattaient pour leurs dernières espérances. Octave lui fit deux guerres très laborieuses;
1. Source principale : Dion Cassius, cf. p. 153, n. 3, — puis Tacite (55-120 ap. J.-C.) et Suétone (75-160), historiens latins, auteurs : le premier de la Vie
d'A^ricola^ des Mœurs des Germains^ des Plistoires et des Annales ; le second des Biographies des Césars (de César a Domitien).
MONTESQUIEU
et, après bien des mauvais succès il le vainquit par l’habileté d’Agrippa^.
Les conjurés avaient presque tous fini malheureusement leur vie et il était bien naturel que des gens qui étaient à la tête d’un parti abattu tant de fois, dans des guerres où l’on ne se faisait aucun quartier, eussent péri de mort violente. De là cependant on tira la conséquence d'une vengeance céleste qui j)unissait les meurtriers de César, et proscrivait leur cause.
Octave gagna les soldats de Lepidus, et le dépouilla de la puissance du triumvirat^ : il lui envia même la consolation de mener une vie obscure, et le força de se trouver, comme homme privé, dans les assemblées du peuple^.
On est bien aise de voir l’iiumiliation de ce Lepidus. C’était le plus méchant citoyen qui fût dans la république, toujours le premier à commencer les troubles, formant sans cesse des projets funestes,, où il était obligé d’associer déplus habiles gens que lui. Un auteur moderne® s’est plu à en faire
1. Succès signifie: « ce qui arrive, ce qui survient d’heureux ou de malheureux. » L’usage a voulu que dans la suite succès se prît en bonne part. Mais, au 18® siècle encore, succès a les deux sens.
S.-Sextus Pompée est le second fils du grand Pompée. Il affamait Rome en interceptant les convois. On fut obligé de traiter avec lui à Misène, de lui céder la Sicile, la Corse, la Sardaigne et l’Achaïe, et 17 milliers de drachmes (39y Vaniteux comme sa famille, Sextus prétendait être le fils de Neptune.
Il fallut les talents militaires^ d’Agripa pour en venir à bout (38-36). Vaincu, Sextus passa en Asie, où il fut tué par un officier d’Antoine (35).
3. <( De nos jours, presque tous ceux qui jugèrent Charles eurent une fin tragique. C’est qu’il n’est guère possible de faire des actions pareilles sans avoir, de tous côtés, de mortels ennemis, et par conséquent sans courir une infinité de périls. )) (M.). ' Hôte des éditions de 1755 et 1758.
Suétone ( Vie de César) dit qu’aucun des meurtriers de César ne lui survécut plus de trois ans ; ils moururent qui dans
un naufrage, qui dans un combat ; et quelques-uns se tuèrent avec le poignard dont ils avaient frappé César. » Des deux historiens, le plus placide et le plus froid, serait Suétone; mais il laisserait plus de place encore que Montesquieu à l’explication « providentielle. » Quant à Plutarque, l’historien moraliste, c’est bien à cette explication providentielle qu’il s’arrête dans sa Vie de César.
4. Le premier triumvirat est arrangé entre Pompée, César et Crassus (39) ; le second entre Octave, Antoine et Lépide (43).
5. Ancien gouverneur de la Gaule narbonnaise, Lépide joue un rôle assez effacé dans le triumvirat. Plus tard il s’humilie devant Octave qui lui laisse ses biens, sa dignité de grand pontife, et le relègue à Gircei.
C’est aux assemblées du sénat qu'Octave le forçait d’assister, en l’an 18.