L’image est fort bien suivie
— Allure — marche habituelle et générale, o La monarchie avait son allure par des ressorts qu’il fallait toujours remonter. » {Esprit des Lois, XXX, 4).
* Qu’appelle-t-on le déterminisme historique? Discuter le passage fameux où Montesquieu en a donné la formule. Quelles objections ce passage a^ous paraît-il mériter? Quelle est la part de vérité qu’il renferme?
3. Pendant deux siècles, en effet, les Danois sont battus. Le vice intérieur dont parle Mon-
tesquieu, c’est le caractère oligarchique du gouvernement jusqu’en 1665 : la ro}^auté est élective, et le souverain très faible.
Mais après la révolution de 1660, les rois de Danemark exercent « le pouA oir le plus arbitraire qu’il y ait en Europe », nous a dit plus haut Montesquieu (chap.
xv), or les Suédois n’en gardent X)as moins leur supériorité. C’est qu’à côté de ce « AÛce intérieur », il fallait tenir compte d’unefoule d’autres causes : situation géographique du Danemark, sa petitesse, disproportion de ses forces a\"ec celles des Suédois', pénurie de généraux en face d’hommes de guerre comme GustaA'e ^Vasa, Gustave-Adolphe, Charles X, Charles XII
4. « De re Militari, L. I, Chap. XX. » (M.) ; Sur VArt militaire.
Cette permission fut-elle accordée à toute l’armée et dans tous les cas ? ou y eut-il là une mesure exceptionnelle ?
CONSIDÉRATIONS
La cavalerie fut peu nombreuse chez les premiers Romains : elle ne faisait que la onzième partie de la légion, et très souvent moins ^ ; et ce qu’il y a d’extraordinaire, ils en avaient beaucoup moins que nous, qui avons tant de sièges à faire, où la cavalerie est peu utile. Quand les Romains furent dans la décadence, ils n’eurent presque plus que de la cavalerie 11 me semble que, plus une nation se rend savante dans l’art militaire, plus elle agit par son infanterie, et que, moins elle le connaît, plus elle multiplie sa cavalerie : c’est que, sans la discipline, l’infanterie pesante ou légère n’est rien, au lieu que la cavalerie va toujours, dans son désordre même^. L’action de celle-ci consiste plus dans son impétuosité et un certain choc ; celle de l’autre, dans sa résistance et une certaine immobilité : c’est plutôt une réaction qu’une action. Enfin, la force de la cavalerie est momentanée : l’infanterie agit plus longtemps ; mais il faut de la discipline pour qu’elle puisse agir longtemps^.
Les Romains parvinrent à commander à tous les peuples, non seulement par l’art de la guerre, mais aussi par leur prudence, leur sagesse, leur constance, leur amour pour la gloire et pour la patrie. Lorsque, sous les empereurs, toutes ces vertus s’évanouirent, l’art militaire leur resta, avec lequel, malgré la faiblesse et la tyrannie de leurs princes, ils conservèrent ce qu’ils avaient acquis ; mais, lorsque la corruption se mit dans la milice même, ils devinrent la proie de tous les peuples.
Un empire fondé par les armes a besoin de se soutenir par les armes. Mais comme, lorsqu’un État est dans le trouble, on n’imagine pas comment il peut en sortir, de même, lorsqu’il est en paix et qu’on respecte sa puissance, il ne
1. La cavalerie est attachée à la légion : elle compte 300 hommes par légion de 3,600 à 4,000 hommes, soit moins de 1/10.
Mais les contingents de cavalerie des alliés, nous Pavons vu, sont proportionnellement plus forts que ceux des Romains (18,000 hommes pour 16,000 fantassins). D’ordinaire, le nombre des fantassins alliés, dans une armée, est égal à celui des Romains ; celui des cavaliers alliés, double.
2. Déjà César a, dans les Gaules, plusieurs milliers de cavaliers, parmi lesquels des Gaulois et même des Germains ; à Phar-
sale. Pompée a environ 7,000 chevaux. La cavalerie prend, dès la fin de la république, une place de plus en plus considérable.
3. « La cavalerie tartare, sans observer aucune de nos maximes militaires, a fait dans tous les temps de grandes choses. Voyez les Relations, et surtout celles de la dernière conquête de la Chine. » (M.).
4. Evidemment, avec le développement des armes à longue portée, le rôle de la cavalerie s’est transformé : cependant, d’une façon générale, l’ensemble du paragraphe reste vrai.
vient point dans l’esprit comment cela peut changer ; il néglige donc la milice, dont il croit u’avoir rien à espérei et tout à craindre et souvent même il cherche à l’affaiblir.
C’était une règle inviolable des premiers Romains, que quiconque avait abandonné son poste ou laissé ses armes dans le combat, était puni de mort. Julien et Valentinien avaient à cet égard rétabli les anciennes j)eines. Mais les Barbares pris à la solde des Romains, accoutumés à faire la guerre comme la font aujourd’hui les Tar tares à fuir pour combattre encore, à chercher le pillage plus que l’honneur S étaient incapables d’une pareille discijjline.
Telle était la discipline des premiers Romains, qu’on y avait vu des généraux condamner à mourir leurs enfants, pour avoir, sans leur ordre, gagné la victoire^ ; mais, quand ils furent mêlés parmi les Barbares, ils y contractèrent un esprit d’indépendance qui faisait le caractère de ces nations: et, si Pon lit les guerres cle Bélisaire contre les Gotlis, on verra un général presque toujours désobéi par ses officiers
Sylla et Sertorius, dans la fureur des guerres civiles aimaient mieux jiérir que de faire quelque chose dont
4. Nous avons déjà vu des exemples de cette façon rapide et vive de s’exprimer, p. 144, n.4.
2. On lit encore dans les Livrets militaires français : {Dispositions de lois ou règlements dont les militaires doivent avoir incessamment le texte sous les yeux, p. 25), le premier article suivant : <( Abandon du poste en présence de l’ennemi ou de rebelles armés. Mort, art. 213. »
3. Les Tartares Nogaïs ou Petits Tartares, qui habitaient la Crimée.
4 . (( Us ne voulaient pas s’assujettir aux travaux des soldats romains. Y oyez Ammien Marcellin, L. XVIII, qui dit comme une chose extraordinaire qu’ils s’y soumirent en une occasion, pour plaire à Julien, qui voulait mettre des places en état de défense. » (M.) . Chap. Il, 3.
Encore un texte forcé; ils le firent, dit Ammien, plus rapidement qu’on ne s’y serait attendu.
5 «Manlius songe à augmenter la force du commandement, et fait mourir son fils qui avait vaincu sans son ordre. » (Con-
sidérations, chap. Il, De la guerre chez les Romains). Les alliés étaient soulevés ; le fils du consul, T. Manlius, avait combattu contre les Latins, malgré la. défense de son père, et avait tué un ennemi en combat singulier ; le père le fit frapper de la hache (340 av. J.-C.).
6. Bélisaire, qui, contrairement à^la tradition bien connue, n’a jamais été aveugle et n’a jamais mendié son pain. Procope (cf.
p. 193, n. l)fut son secrétaire. Général de l’empereur Jus ti iiien P% Bélisaire fut souvent victorieux, et notamment des Ostrogoths, maîtres de l’Italie ; il s’empara du chef redouté des Ostrogoths, Vitigès, et l’envoya prisonnier à Constantinople (538 ap. J. C.).
Il eut à souffrir toute sa vie de l’ingratitude de Justinien.
Deux objections : DQu’y a-t-il de commun entre l'armée romaine et des soldats qui suivaient Bélisaire au 6® siècle ?
2“ Est-il bien sûr que généraux, officiers et soldats, avaient, àla fin de la république, la même discipline qu’à l’époque de Manlius?
CONSIDÉRATIONS
Milhridate pùt tirer avantage ^ ; mais, dans les temps qui suivirent, dès qu’un ministre ou quelque grand crut qu’il importait à son avarice, à sa vengeance, à son ambition, de faire entrer les Barbares dans l’empire, il le leur donna d’abord à ravager^.
Il n’y a point d’Etat où l’on ait plus besoin de tributs que dans ceux qui s’affaiblissent ; de sorte que l’on est obligé d’augipenter les charges à mesure que l’on est moins en état de les porter : bientôt, dans les provinces romaines, les tributs devinrent intolérables.
Il faut lire, dans Salvien, les horribles exactions que l’on faisait sur les peuples^. Les citoyens, poursuivis par les traitants, n’avaient d’autre ressource qife de se réfugier chez les barbares, ou de donner leur liberté au premier qui la voulait prendre.
Geci servira à expliquer, dans notre histoire française, cette patience avec laquelle les Gaulois souffrirent la révolution qui devait établir cette différence accablante entre une nation noble et une nation roturière^. Les Barbares, en rendant tant de citoyens esclaves de la glèbe c’est-à-dire
1. 11 n’est pas prouvé que le traité imposé par SyllaàMithridate en 84, ne fut pas avantageux pour Mithridate, qui ne
gerdait que la Cappadoce et la ilhynie; il est vrai que le traité était violé deux ans après.
En tout cas, Sertorius, maître de l’Espagne, s’allia avec Milhridate; il est vrai qu'il n’entendait céder aucun point du territoire romain.
2. (( Cela n’était pas étonnant dans ce mélange avec des nations qui avaient été errantes, qui ne connaissaient point de patrie, et où souvent des corps entiers de troupes se joignaient à l’ennemi qui les avait vaincus, contre leur nation même. Voyez dans Procope ce qu’étaient les Gotlis chez Vitigès. » (M.). Procope : De la Guerre gothique, I, XXV, 1.
Vitigès, simple soldat devenu général, puis proclamé roi des Ostrogoths (536). Très valeureux, il est cependant vaincu par Bélisaire (cf. p.202, n. 6). L’empC' reur lui donne les titres de comte et de patrice, et des territoires sur la frontière de la Perse.