‹ Morceaux choisisChapitre 190 sur 369 · IV · texte numérisé non relu

IV

L’oeuvre expliquée.

[M. de Montesquieu, déclare d’Alembert, «avait dès longtemps formé le dessein de VEspn't des Lois ; il en médita pendant vingt ans l’exécution, ou, pour parler plus exactement, toute sa vie en avait été la méditation continuelle. » Cela est vrai. Tous les autres ouvrages de Montesquieu ne sont que les antécédents de cette œuvre, qui est son œuvre maîtresse ; c’est à ce livre de sa maturité qu’aboutissent toutes ses réflexions sur ses lectures, toutes ses observations sur ses voyages, tout l’effort de sa pensée politique et philosophique. C’est aussi avec l’Histoire naturelle de Buifon et V Essai sur les Mœurs de Voltaire, le plus grand livre du i8® siècle; il guide les « philosophes » dans l’enquête vaste et audacieuse qu’ils font sur les idées qui doivent rendre les hommes mieux goiîvernés et plus heureux. ^

C’est donc avec un juste orgueil que Montesquieu mettait en épigraphe à la première page de son livre : Prolem sine maire creatam, « enfant né sans mère ». On a prétendu que Montesquieu en avait donné plus tard cette explication : « Un livre sur les lois doit être fait dans un pays de liberté ; la liberté en est la mère, je l’ai fait sans mère h » Ou Montesquieu n’a pas dit cela, ou c’est une « gasconnade » destinée à masquer ingénieusement la fierté, pourtant très légitime, qu’il avait ressentie en voyant son livre terminé : il se crut alors le droit d’affirmer qu’il n’avait eu ni maître, ni modèle, et la seule restriction qu’il put faire, ce fut de le dire en latin.

Voici pourtant les principaux « prédécesseurs » de Montesquieu : Dans l’antiquité grecque : Platon (Athènes 428 — 361 Athènes): La République, plan de la cité idéale; Les Lois, plan de la cité imaginaire, mais plus près de la réalité. — Aristote (Stagire en Macédoine 384 — 322 Chalcis en Eubée) : La Politique, étude des constitutions des peuples de la Grèce ;

Dans l’antiquité latine : Cicéron (Arpinum 106 — 43 Formies) : Des Lois, discussion des lois romaines, exposé des lois jugées nécessaires ;

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