ED. PRIVAT
Libraire-Editeur
U, Rue des Arts, TOULOUSE
PREFACE
Les éditions paraissant dans LA LITTÉRATURE FRANÇAISE ILLUSTRÉE
Collection moderne de Classiques
ont pour caractère essentiel d’être faites surtout pour l’enseignement.
Elles ne sont pas des travaux d’érudition, mais des travaux de pédagogie pratique.
On y utilise autant que possible les plus récents ^travaux d’érudition, les meilleures éditions anté- P rieures, auxquelles est dû sans doute le meilleur de celles-ci, et les résultats les plus certains de la science ^ contemporaine (dont les progrès d’ailleurs sont si ^ incessants que les éditions ont périodiquement besoin d’être *renouvelées), mais sans exposer jamais la science pour elle-même et en se contentant d’adap- ^ ter ses résultats aux besoins des classes.
C’est ainsi que persuadés de la nécessité, pour l’étude vraiment scientifique de la littérature, de replacer les auteurs et les œuvres dans leur milieu exact et à leur date, de ressusciter pour les yeux les 5 époques et les circonstances ouïes œuvres ont paru, î tous les auteurs de ces éditions ajoutent à la suite 5 de l’œuvre elle-même une collection d’illustrations documentaires, souvent inédites ou peu connues, ^ qui aide à donner à l’œuvre son vrai sens et sa vraie portée.
^ Ainsi est complétée notre Histoire illustrée de la Littérature française, qui fait, avec ses 324 illus- X trations, pour l’ensemble de la littérature, ce que ces ^ éditions font pour chaque œuvre particulière.
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Mais cette collection apporte aussi quelques autres innovations toutes destinées à justifier son épithète de moderne.
Elle est moderne, en s’efforçant de dégager, dans les notices et dans les notes, l’intérêt actuel et contemporain que présentent les auteurs et les œuvres (et cela d’ailleurs sans dénaturer ce qui était la vraie pensée de l’auteur à sa date). L’utilitarisme d’aüjourd’hui est trop porté à considérer les grandes œuvres littéraires comme des vieilleries sans intérêt pour lui ; c’est les défendre à ses yeux, c’est surtout éveiller la curiosité de la jeunesse, que d’indiquer çà et là et d'amorcer (en laissant aux maîtres et aux élèves le soin de les continuer) quelques-uns des développements susceptibles de montrer que la pensée des grands classiques trouve des applications journalières dans notre société.
Elle est moderne en se mettant au niveau des besoins de la clientèle scolaire d’aujourd’hui. Cette clientèle est de plus en plus composée de gens qui ignorent les langues anciennes, ou qui, comme nous tous, par le seul effet de l’éloignement, comprennent de moins en moins la langue française classique. D’où la nécessité, lîon seulement de ne jamais citer du latin ou du grec sans le traduire, mais encore de traduire souvent la langue même du 17® siècle. Voilà pourquoi ces éditions, diminuant les notes d'érudition qui risquent d’étouffer Tœuvre sous leur amas et qui ont peut-être quelque responsabilité dans la fameuse crise du français, multiplient au contraire les notes d' explication. Mais les notes multipliées sont un autre danger : l’élève s’y perd. Pour éviter ce danger, ces notes d’explication sont abrégées, réduites au^ minimum ; et surtout, autant que possible, classées de façon que la multiplicité des notes soit ramenée à quelques principes généraux. Dans chaque
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œuvre il y a de nombreux passages qui exigent la meme observation grammaticale ou littéraire : si on la répète, c’est fastidieux et encombrant — si on ne la répète pas et qu’on renvoie à un passage antérieur, c’est inutile, car l’élève va rarement au renvoi. Voici le moyen terme adopté ici : la première fois que se présente un fait grammatical, par exemple, nous formulons en note (et imprimons en italique continue) le principe général, dont il est l’application particulière — et surtout ce principe général nous le résumons dans un exemple simple et court :
Il se faut entr' aider (pour la place, fréquente au 17® siècle, du pronom personnel complément) :
Faire leçon (pour la suppression de l’article fréquente au 17® siècle) ;
La grecque beauté (pour la place de l’épithète), etc., etc.
Puis, à chaque nouvelle application particulière qui se présente, nous ra.ppelons la règle^ générale uniquement par V exemple qui la résume : Réglé : Il se faut entr' aider, etc., etc. Si règle et exemple ont été une fois bien compris, il est vraisemblable que ce simple rappel suffira à réveiller tous les souvenirs nécessaires, et surtout que l’élève, quand il achèvera l’étude de l’œuvre, sera en possession d’un certain nombre de principes généraux^ qui lui expliqueront bien des détails. Tel est l’effort fait pour réduire les notes à la fois à l’essentiel et à l’unité.
Cette collection espère encore être moderne en reprenant une vieille tradition, dont on a dit trop de
1. Nous prenons le mot règle non pas dans son sens strict de règle de grammaire, mais dans un sens plus général, et parfois comme équivalent d’habitude, fait général, tolérance grammaticale, etc.
2. Les mêmes règles et les mêmes exemples se retrouvent dans tous les volumes de la collection, de façon à assurer pour les élèves la continuité d’une même méthode.
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mal, la tradition des notes d’appréciation littéraire. Sans tomber dans l’admiration verbeuse, et sans empiéter sur les impressions personnelles du maître et des élèves, il est possible, en quelques mots précis, d’exciter discrètement les élèves à sentir et à juger la beauté littéraire. En tous cas, la méthode contraire a fait ses preuves, et depuis que les notes d’érudition ont remplacé les notes littéraires, on a des élèves beaucoup moins sensibles à la valeur artistique des œuvres. Or, cette valeur artistique étant ce qui rend les œuvres éternelles et par suite actuelles, c’est encore être moderne que d’y insister.
Peut-être aussi voudra-t-on bien apprécier comme un effort moderne notre tendance aux méthodes concrètes et aux méthodes actives : d’une part, la publication de tous ces documents illustrés qui aideront à reconstituer les milieux dans lesquels les œuvres sont nées, d’autre part toutes ces invitations, multipliées en note pour les élèves, à des recherches et à des travaux personnels sur un texte précis, ou encore nos essais d’une explication des textes, non pas émiettée en remarques de détail, mais suivie, comme la demandent les plus récents Programmes et instructions.
C’est l’ensemble de cette tentative pour mettre une nouvelle méthode et une nouvelle vie dans l’étude de la littérature que nous présentons au jugement éclairé du corps enseignant, dont nous sollicitons toutes les observations suggérées par l’expérience et capables de faire apporter toutes les rectifications et mises au point, exigées par l’expérience pédagogique de tous, à ce qui n’est le résultat que de l’expérience pédagogique de quelques-uns.
Paul Grouzet,
Agrégé des Lettres,
Inspecteur de l'Académie de Paris.
PRÉFACE
Hî
Un mot pour l’explication de la méthode particu Hère suivie dans tous les Morceaux choisis de la collection.
Un principe unique inspire cette méthode : si les Morceaux choisis sont un mal nécessaire, en ce sens qu’ils ont été trop souvent conçus de façon à faire perdre le sentiment et le goût de l’œuvre intégrale, on s’efforce d’atténuer le mal du passé par tous les moyens possibles, afin de développer au contraire le sens de l’intégralité de l’œuvre, ce qui est la méthode à la fois la plus pédagogique et la plus scientifique.
De ce principe découlent les applications suivantes :
1"^ Classement, — Plus de distribution de morceaux pris un peu partout en rubriques artificielles créées par l’annotateur « Politique, Voyages, Littérature, Pédagogie, Variétés, etc. » On ne connaîtra ici, autant que possible, d’autre ordre que l’ordre chronologique * des ouvrages, et d’autre principe d’unité que l’unité même de l’œuvre de l’écrivain.
2° Analyse, — Outre que chaque œuvre garde sa date et son indépendance, elle garde aussi sa suite des idées. Plus de fragments accolés sans lien, mais des extraits reliés par une analyse suivie % qui, d’une part, renseigne précisément sur ce qu’on n’a pu citer et donne l’impression de l’ensemble ; d’autre
1. Quand un extrait, pour une raison quelconque, n’est pas à sa date, la raison du déplacement est toujours donnée et l’extrait est signalé par un trait ondulé en marge.
2. Jamais une coupure n’est faite sans que le lecteur soit averti par des points de suspension, afin qu’il ne soit pas exposé à chercher la suite des idées où elle ne serait pas.
LA LITTÉRATURE FRANÇAISE ILLUSTRÉE
part, assure aux extraits cités leur véritable valeur, en les replaçant dans la suite des idées de l’œuvre entière.
3® Titres, — De même, les extraits conservent autant que possible leur vrai titre, quand l’auteur en a donné un, prennent par exemple pour eux l’en-tête du chapitre d’où ils sont tirés, etc., de façon à supprimer le plus possible l’abus des titres inventés par l’annotateur. Pourtant on ne s’est pas interdit l’habitude de résumer au début d’un morceau son idée générale, mais ces titres fictifs sont toujours encadrés I ' I ppur n’être pas confondus avec des titres réels. Il ne faut pas qu’un moyen mnémotechnique utilisé par les éditeurs soit pris pour une œuvre de l’anteur et que les élèves croient c]ue Musset, par exemple, a fait une pièce intitulée Le Pélican, pendant qu’ils ignoreront la Nuit de Mai,
4° Choix. — Enfin le choix des morceaux est aussi prudent c|ue large. Le respect dû à la jeunesse, à toutes les consciences et à toutes les convenances, doit passer et passe ici avant tout, mais il est impossible de méconnaître que, de notre temps, les idées s’élargissent et que les scrupules , littéraires ou sociaux, par exemple, qui auraient fait autrefois éliminer certains morceaux, n’agissent plus aujourd’hui. Il ne suffit plus en particulier qu’un morceau touche aux questions contemporaines, pour que ce soit une raison de l’écarter : au contraire. Ainsi, l’intérêt des Morceaux choisis est augmenté et modernisé : ainsi la pensée de l’écrivain est plus intégralement représentée.