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Sur les douze premiers Césars, trois seulement mou Furent

MONTESQUIEU

Les politiques grecs, qui vivaient dans le gouvernement populaire, ne reconnaissaient d’autre force qui pût le soutenir que celle de la vertu ^ Ceux d’aujourd’hui ne nous parlent que de manufactures, de commerce, de finances, de richesses, et de luxe même^.

Lorsque cette vertu cesse, l’ambition entre dans les cœurs qui peuvent la recevoir, et l’avarice entre dans tous. Les désirs changent d’objets : ce qu’on aimait, on ne l’aime plus ; on était libre avec les lois, on veut être libre contre elles; chaque citoyen est comme un esclave échappé de la maison de son maître ; ce qui était maxime, on l’appelle rigueur ; ce qui était règle, on l’appelle gêne ; ce qui était attention, on l’apï)elle crainte. C’est la frugalité qui y est l’avarice, et non pas le désir d’avoir. Autrefois le bien des particuliers faisait le trésor public ; mais pour lors le trésor public devient le patrimoine des particuliers. La république est une dépouille, et sa force n’est plus que le pouvoir de quelques citoyens et la licence de tous^.

Athènes eut dans son sein les mêmes forces pendant qu’elle domina avec tant de gloire, et pendant qu’elle servit avec tant de honte. Elle avait vingt mille citoyens^ lorsqu’elle défendit les Grecs contre les Perses, qu’elle disputa l’empire à Lacédémone, et qu’elle attaqua la Sicile. Elle en avait vingt mille lorsque Démétrius de Phalère les dénombra^ comme dans un marché l’on compte les esclaves. Quand Philippe osa dominer dans la Grèce, quand il parut aux i>ortes d’Athènes elle

de mort naturelle (Auguste, Vespasien, Titus), cf. p. 188, n. 2. Mais Montesquieu a fort bien noté dans les Considérations (chap.

xv) que le peuple adorait les Césars criminels à cause de leurs vices.

1. Rousseau a repris la même idée presque dans les mêmes termes dans son Discours sur les Sciences et les Arts. Cf. Morceaux choisis de J.-J. Rousseau^ p. 66 (même collection).

2. Platon, dans le Gorgias, reproche aux politiques de son temps et à leurs prédécesseurs d’avoir songé à agrandir la république, sans voir qu’il n’y avait rien de durable qui ne fût étayé par la justice et la tem-

érance. Montesquieu songe a

aw dans cette diatribe contre

n’avait encore perdu que le

les modernes : le développement du commerce et de l’industrie était à son début, et il devait amener le culte d’un certain nombre de vertus non méprisables.

3. Montesquieu pense encore et sans cesse à la corruption de la république romaine, et tout cela est nourri des déclamations de Salluste {Jugurtha, Catilina).

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