Chapitre IV
Difiérence des effets de réduoation chez les anciens et parmi nou^.
La plupart des peuples anciens vivaient dans des gouvernements qui ont la vertu pour principe ; et, lorsqu’elle y était dans sa force, on y faisait des choses que nous ne voyons plus aujourd’hui, et «qui étonnent nos petites âmesL Leur éducation avait un autre avantage sur la nôtre : elle n’était jamais démentie. Épaminondas, la dernière année de sa vie, disait, écoutait, voyait, faisait les mêmes choses que dans l’âge où il avait commencé d’être instruit^.
Aujourd’hui, nous recevons trois éducations différentes ou contraires : celle de îîôs pères, celle de nos maîtres, celle du monde. Ce qu’on nous dit dans la dernière renverse toutes les idées des premières. Gela vient, en quelque partie, du contraste qu’il y a parmi nous entre les engagements de la religion et ceux du monde : chose que les anciens ne connaissaient pas^
1. Voilà le Montesquieu admirateur respectueux et Cornélien de l’antiquité. Il faut suivre cet enthousiasme pour les Grecs de Plutarque et les Romains de Tite-Live, d’un bout à l’autre du siècle, à travers Rousseau, jusqu’à* la Constituante et à la Convention.
2. Cette idée que ^éducation idéale continue toute la vie et sans interruption, de l’enfance à la vieillesse, on la trouvera dans Platon, Les Lois^ L. I.
Epaminondas , organisateur de l’armée thébaine et créateur d’une tactique nouvelle (411-362) avait rejeté les Spartiates dans
la Laconie ; les batailles de Leuctres (371) et de Mantinée (362) avaient donné à Thèbes une suprématie qu’elle perdit à la mort de ce grand général et grand homme politique.
3. Montesquieu et ses contemporains sont revenus souvent sur les problèmes de l’éducation. Voltaire dans son Commentaire dit qu’il y a une « antipathie invincible » entre « les dogmes reçus dans l’enfance et les notions que le monde communique », et explique pourquoi les Grecs et les Romains « ne purent connaître cette antipathie.