Chapitre XIII
Charles XII.
Ce prince, qui ne fit usage que de ses seules forces, détermina sa chute en formant des desseins qui ne pouvaient être exécutés que par une longue guerre : ce que son royaume ne pouvait soutenir.
Ce n’était pas un Etat qui fût dans la décadence qu’il entreprit de renverser, mais un empire naissant h Les Moscovites se servirent de la guerre qu’il leur faisait, comme d’une école. A chaque défaite, ils s’approchaient de la victoire ; et, perdant au dehors, ils apprenaient à se défendre au dedans^.
Charles se croyait le maître du monde dans les déserts de la Pologne, où il errait, et dans lesquels la Suède était comme répandue, pendant que son principal ennemi se fortiüait contre lui, le serrait, s’établissait sur la mer Baltique, détruisait ou prenait la Livonie ^
La Suède ressemblait à un fleuve dont on coupait les eaux dans sa source, pendant qu’on les détournait dans son coursL
Ce ne fut point Pultova^ qui perdit Charles : s’il n’avait pas été détruit dans ce lieu, il l’aurait été dans un autre. Les accidents de la fortune se réparent aisément ; mais comment parer à des événements qui naissent continuellement de la nature des choses
Mais la nature ni la fortune ne furent jamais si fortes contre lui que lui-même.
Il ne se réglait point sur la disposition actuelle des choses, mais sur un certain modèle qu’il avait pris ; encore le