L. II, titre vu, §§ 1 et 2. » (M
9. Sur la division entre les « quatre parties de la Macédoine », cf. plus haut Considérations, p. 130, n. 8.
MONTESQUIEU
2ca
Alexandre, qui cherchait à unir les deux peuples, songea à faire dans la Perse un grand nombre de colonies grecques : il bâtit une infinité de villes, et il cimenta si bien toutes les parties de ce nouvel empire, qu’après sa mort, dans le trouble et la confusion des plus affreuses guerres civiles, après que les Grecs se furent, pour ainsi dire, anéantis eux-mêmes, aucune province de Perse ne se révolta.
Pour ne point épuiser la Grèce et la Macédoine, il envoya à Alexandrie une colonie de Juifs ; il ne lui importait quelles mœurs eussent ces peuples, pourvu qu’ils lui fussent fidèles
Il ne laissa pas seulement aux peuples vaincus leurs mœurs, il leur laissa encore leurs, lois civiles, et souvent même les rois et les gouverneurs qu’il avait trouvés. Il mettait les Macédoniens ^ à la tête des troupes, et les gens du pays à la tête du gouvernement ; aimant mieux courir le risque de quelque infidélité particulière (ce qui lui arriva quelquefois) que d’une révolte générale. Il respecta les traditions anciennes, et tous les monuments de la gloire ou de la vanité des peuples. Les rois de Perse avaient détruit les temples des Grecs, des Babyloniens et des Egyptiens : il les rétablit^; peu de nations se soumirent à lui, sur les autels desquelles il ne fit de sacrifices. Il semblait qu’il n’eût conquis que pour être le monarque particulier de chaque nation, et le premier citoyen de ehaque ville. Les Romains conquirent tout pour tout détruire ; il voulut tout conquérir pour tout conserver^; et, quelque pays qu’il parcourût, ses premières idées, ses premiers desseins furent toujours de faire quelque chose qui pût en augmenter la prospérité et • la puissance. Il en trouva les premiers moyens dans la grandeur de son génie ; les seconds, dans sa frugalité et
1. Alexandre, dans ses expéditions, faisait succéder aux batailles et aux sièges, des excursions ; des réformes politiques, sociales, judiciaires des pays conquis ; des percements de routes, de canaux; des fondations de villes. Chaque fois qu’un pays lui paraissait propre à la création d’une Alexandrie, il ordonnait de se mettre à l’œuvre, et une cité nouvelle se bâtissait sous ses yeux. En 331, il fonda en Egypte, sur les bords du lac Maréotis, Alexandrie, qui devait servir d’entrepôt entre l’Orient et l’Occident. Ce fut
une cité commerciale de tout premier ordre, en quelques années.
2. (( Voyez Arrien, De V Expédition d'Alexandre^ lib. III et autres. » (M.).
C’est ce qu’il fit pour l’Egypte, pour la JMedie, etc.