Répétition tout a fait dans la manière de Voltaire
A = à côté des (choses dont il s’agit), etc. Cf. Règle : A quelle utilité ? p. 60, n. 4.
Accessoires qui se range à côté comme une dépendance.
MONTESQUIEU
Quand on critique un ouvrage, et un grand ouvrage, il faut tâcher de se procurer une connaissance particulière de la science qui y est traitée, et bien lire les auteurs approuvés qui ont déjà écrit sur cette science, afin de voir si Fauteur s’est écarté de la manière reçue et ordinaire de la traiter.
Lorsqu’un auteur s’explique par ses paroles, ou par ses écrits qui en sont l’image, il est contre la raison de quitter les signes extérieurs de ses pensées, pour chercher ses pensées ; parce qu’il n’y a que lui qui sache ses pensées. C’est bien pis lorsque ses pensées sont bonnes, et qu’on lui en attribue de mauvaises h
Quand on écrit contre un auteur, et qu’on s’irrite contre lui, il faut prouver les qualifications par les choses, et non pas les choses par les qualifications
Quand on voit dans un auteur une bonne intention générale, on se trompera plus rarement, si, sur certains endroits qu’on croit équivoques, on juge suivant l’intention générale, que si on lui prête une mauvaise intention particulière 3.
Dans les livres faits pour l’amusement, trois ou quatre pages donnent l’idée du style et des agréments de l’ouvrage : dans les livres de raisonnement, on ne tient rien, si on ne tient toute la chaîne^.
Gomme il est très difficile de faire un bon ouvrage, et très aisé de le critiquer, parce que l’auteur a eu tous les défilés à garder, et que le critique n’en a qu’un à forcer, il ne faut point que celui-ci ait tort ; et, s’il arrivait qu’il eut continuellement tort, il serait inexcusable^.
1. Accusation très élégante, mais très dure contre la mauvaise foi du critique.
2. Voltaire, dans une circonstance bien connue, 'défendit les Encyclopédistes contre Pompignan dans l’opuscule intitulé :
Les Quand (1760) (Montesquieu pouvait bien lui en avoir fourni la première idée), où la même conjonction revient en tête de chaque petit paragraphe.
3. 11 y a là une règle générale de critique : c’est une lâcheuse disposition pour l’intelligence
en critique que d’aborder l’étude d’un auteur contre lequel on est prévenu, d’ùn ouvrage que l’on n’aime pas. La disposition contraire est évidemment bien plus favorable à la vérité.
4. Et voici à présent une leçon de « dialectique». On ne di^ute pas un livre établi sur des principes comme un ouvrage d’agrément.
5. Leçon de modestie, suivie de conseils d'indulgence, de modération, conseils plus piquants que des reproches injurieux.
DE l’esprit des LOIS
D’ailleurs, la critique pouvant être considérée comme une ostentation de sa supériorité sur les autres, et son effet ordinaire étant de donner des moments délicieux pour l’orgueil humain, ceux qui s’y livrent méritent bien toujours de l’équité, mais rarement de l’indulgence.
Et comme de tous les genres d’écrire elle est celui dans lequel il est plus difficile de montrer un bon naturel, il faut avoir attention à ne point augmenter par l’aigreur des paroles la tristesse de la chose.
Quand on écrit sur les grandes matières, il ne suffit pas de consulter son zèle, il faut encore consulter ses lumières ; et, si le ciel ne nous a pas accordé de grands talents, on peut y suppléer par la défiance de soi-même, l’exactitude, le travail et les réflexions b
Cet art de trouver dans une chose qui naturellement a un bon sens tous les mauvais sens qu’un esprit qui ne raisonne pas juste peut leur donner, n’est point utile aux hommes : ceux qui le pratiquent ressemblent aux corbeaux qui fuient les corps vivants et volent de tous côtés pour chercher des cadavres^.
Une pareille manière de critiquer produit deux grands inconvénients. Le premier, c’est qu’elle gâte l’esprit des lecteurs par un mélange du vrai et du faux, du bien et du mal : ils s’accoutument à chercher un mauvais sens dans les choses qui naturellement en ont un très bon ; d’où il leur est aisé de passer à cette disposition, de chercher un bon sens dans les choses qui naturellement en ont un mauvais : on leur fait perdre la faculté de raisonner juste pour les jeter dans les subtilités d’une mauvaise dialectique. Le second mal est qu’en rendant par cette façon de raisonner les bons livres suspects, on n’a point d’autres armes pour attaquer les mauvais ouvrages : de sorte que le public n’a plus de règle pour les distinguer. Si l’on traite de spinosistes et de déistes ceux qui ne le sont pas, que dira-t-on à ceux qui le sont^?
1. Cela est plus dur, on le sent ; cette fois, Montesquieu emporte le morceau.
2. Le ton s’élève, et l’image donne à la pensée plus de vigueur et d’élévation. Quelle admirable souplesse de discussion ! C’est un beau talent de
journaliste que celui de Montesquieu.
3. Appel à ce que nous pourrions appeler la responsabilité du critique : il est responsable devant le public des habitudes d’esprit et de raisonnement qu’il lui fait prendre.
MONTESQUIEU
Quoique nous devions penser aisément que les gens qui écrivent contre nous, sur des matières qui intéressent tous les hommes, y sont déterminés par la force de la charité chrétienhe, cependant, comme la nature de cette vertu est de ne pouvoir guère se cacher, qu’elle se montre en nous malgré nous, et qu’elle éclate et brille de toutes parts, s’il arrivait que, dans deux écrits faits contre la même personne coup sur coup, on n’y trouvât aucune trace de cette charité, qu’elle n’y parût dans aucune phrase, dans aucun tour, aucune parole, aucune expression, celui qui aurait écrit de pareils ouvrages aurait un juste sujet de craindre de n’y avoir pas été porté par la charité chrétienne h
Et, comme les vertus purement humaines sont en nous l’effet de ce qu’on appelle un bon naturel, s’il était impossible d’y découvrir aucun vestige de ce bon naturel. Je public pourrait en conclure que ces écrits ne seraient pas même l’effet des vertus humaines
Aux yeux des hommes, les actions sont toujours plus sincères que les motifs ; et il leur est plus facile de croire que l’action de dire des injures atroces ^ est un mal, que de se persuader que le motif qui les a fait dire est un bien.
Quand un homme tient à un état qui fait respecter la religion et que la religion fait respecter, et qu’il attaque devant les gens du monde un homme qui vit dans le monde, il est essentiel qu’il maintienne par sa manière d’agir la supériorité de son caractère. Le monde est très corrompu ; mais il y a de certaines passions qui s’y trouvent très contraintes : il y en a de favorites qui défendent aux autres de paraître. Considérez les gens du monde entre eux ; il n’y a rien de si timide : c’est l’orgueil qui n’ose pas dire ses secrets, et qui, dans les égards qu’il a pour les autres, se quitte pour se reprendre. Le christianisme nous donne l’habitude de soumettre cet orgueil; le monde nous donne l’habitude de le cacher. Avec le peu de vertu que nous avons, que deviendrions-nous si toute notre âme se mettait en liberté,