Voir p. 291, n
7. Cette relative est l’équivalent d’une causale — puisque tu te plais.
J’aurais souhaité d’adoucir les maux d’un homme tel que vous. »
Prexape, à qui je m’étais confié, m’apporta cette réponse : « Lysimaque, si les dieux ont résolu que vous rég^niez, Alexandre ne peut pas vous ôter la vie ; car les hommes ne résistent pas à la volonté des dieux. »
Cette lettre m’encouragea ; et, faisant réflexion que les hommes les plus heureux et les plus malheureux sont également environnés de la main divine^, je résolus de me conduire, non pas par mes espérances, mais par mon courage, et de défendre jusqu’à la fin une vie sur laquelle il y avait de si grandes promesses.
On me mena dans la carrière. Il y avait autour de moi un peuple immense, qui venait être témoin de mon courage ou de ma frayeur. On me lâcha un lion. J’avais plié mon manteau autour de mon bras ; je lui présentai ce bras, il voulut le dévorer ; je lui saisis la langue, la lui arrachai, et le jetai à mes pieds 2.
Alexandre aimait naturellement les actions courageuses : il admira ma résolution, et ce moment fut celui du retour de sa grande âme 3.
Il me fit appeler, et, me tendant la main : « Lysimâque, me dit-il, je te rends mon amitié, rends-moi la tienne. Ma colère n’a servi qu’à te faire faire une action qui manque à la vie d’Alexandre^. »
Je reçus les grâces du roi, j’adorai les décrets des dieux, et j’attendais^ leurs promesses sans les rechercher ni les fuir. Alexandre mourut, et toutes les nations furent sans maître Les fils du roi étaient dans l’enfance ; son frère Aridée n’en était jamais sorti ; Olympias n’avait que la hardiesse des âmes faibles, et tout ce qui était cruauté était pour elle du courage ; Roxane, Eurydice, Statyre, étaient perdues dans la douleur L Tout le monde, dans le palais,
4. Expression hardie et qui s’explique en considérant que les mots : ce la main divine » sont, pour Montesquieu, équivalents d’un substantif abstrait. Cf. « la gloire, la mort l'environne ».