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Rapidité de ce style, nerveux et ramassé

LYSIMAQUE

insensible : vous ne me faites que trop voir que je ne le suis pas. Quand vous êtes venu à moi, j’ai trouvé d’abord quelque plaisir à vous voir faire une action de courage. Mais, au nom des dieux, que ce soit pour la dernière fois 1 Laissez-moi soutenir mes malheurs^, et n’ayez point la cruauté d’y joindre encore les vôtres.

« — Callisthène, lui dis-je, je vous verrai tous les jours. Si le roi vous voyait abandonné des gens vertueux, il n’aurait plus de remords, il commencerait à croire que vous êtes coupable. Ah ! j’espère qu’il ne jouira pas du plaisir de voir^ que ses châtiments me feront abandonner un ami! »

Un jour Callisthène me dit^ : « Les dieux immortels m’ont consolé ; et, depuis ce temps, je sens en moi quelque chose de divin, qui m’a ôté le sentiment de mes peines. J’ai vu en songe le grand Jupiter. Vous étiez auprès de lui; vous aviez un sceptre à la main, et un bandeau royal sur le front. Il vous a montré à moi, et m’a dit : « Il te rendra plus heureux. » L’émotion où j’étais m’a réveillé. Je me suis trouvé les mains élevées au ciel^, et faisant des efforts pour dire : c( Grand Jupiter, si Lysimaque doit régner, fais qu’il règne avec justice ! » Lysimaque, vous régnerez : croyez un homme qui doit être agréable aux dieux, puisqu’il souffre pour la vertu ».

Cependant Alexandre ayant appris que je respectais la misère^ de Callisthène, que j’allais le voir, et que j’osais le plaindre, il® entra dans une nouvelle fureur : «Va, dit-il, combattre contre les lions, malheureux qiii^ te plais tant à vivre avec les bêtes féroces ». On différa mon supplice, pour le faire servir de spectacle à plus de gens.

Le jour qui le précéda, j’écrivis ces mots à Callisthène : « Je v^is mourir. Toutes les idées que vous m’aviez données de ma future grandeur se sont évanouies de mon esprit.

1. Sens très fort : soutenir = supporter sans pliei\ presque :

résister à. Cf. soutenir la torture — supporter sans une plainte, sans un aveu.

2. Répétitions nombreuses de « voir » ; à Fécole de Télémaque^ Montesquieu prend aussi cette prose, que Voltaire appelait « un peu traînante ».

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