Cf. Considérations, chap. I
« Commencements de Rome ».
Ce contraste entre rhumilité de Rome à son berceau et la splendeur de ses destinées est un des c( thèmes » les plus complaisamment traités par la poésie latine. Virgile en a tiré un parti merveilleux. Un des développements les plus célèbres est celui du poète élégiaque Properce dans le poème qui commence ainsi : « Tout ce que tu vois, étranger, où s'élève Rome la toute-puissante, fut avant l’arrivée d’Enée le Phrygien une colline couverte de pâturages. . . »
2. Sur les antithèses « factices » et <r naturelles », cf. Rous- TAN, La Composition française.
Le Dialogue, p. 108 sq. ; La Dissertation morale, 121 sq.
3. Le Samnium est un pays de Pltalie centrale, situé dans l’Apennin, haut, l)oisé, propre à la guerre de partisans, au sud de
la Sabine, à l’est du Latium, au nord de l’ApulieTLes Samnites, ( Caracénes, Pentres, Rirpins) soutinrent une lutte terrible contre les Romains pendant quarante années ; ce sont eux qui infligèrent aux Romains en 321 l’humiliation des Fourches Caudinés.
4. Toujours même goût pour Florus, et cela est caractéristique ; d’abord Florus écrit moins une histoire qu’un résumé ; il concentre les faits, ramasse tout un développement dans une phrase, et cherche la formule forte, décisive, lumineuse ; puis, s’il ne manque pas d’éloquence, il est aussi un peu précieux, brillant, recherché ; enfin c’est un moraliste ; autant de traits qui devaient le rendre cher à
5. On voit que ce pléonasme, parfois reproché à des écrivains, ne date pas du 20® siècle.
ESSAI SUR LE GOUT
défauts aussi bien que des beautés. Lorsque nous voyons qu’ils sont sans raison, qu’ils relèvent ou éclairent un autre défaut, ils sont les grands instruments de la laideur laquelle, lorsqu’elle .nous frappe subitement, peut exciter une certaine joie dans notre âme, et nous faire rire. Si notre âme la regarde comme un malheur dans la personne qui la possède, elle peut exciter la pitié ; si elle la regarde avec l’idée de ce qui peut nous nuire, et avec une idée de comparaison avec ce qui a coutume de nous émouvoir et d’exciter nos désirs, elle la regarde avec un sentiment d’aversion^.
De même dans nos pensées, lorsqu’elles contiennent une opposition qui est contre le bon sens, lorsque cette opposition est commune et^ aisée à trouver, elles ne plaisent point et sont un défaut, parce qu’elles ne causent point de surprise ; et si au contraire elles sont trop recherchées, elles ne plaisent pas non plus. 11 faut que dans un ouvrage on les sente parce qu’elles y sont, et non pas parce qu’on a voulu les montrer ; car pour lors la surprise ne tombe que sur la sottise de l’auteur
Une des choses qui nous plaît le plus, c’est le naïf ; mais c’est aussi le style le plus difficile à attraper^ : la raison en est qu’il est précisément entre le noble et le bas ; et il est si près du bas, qu’il est très difficile de le côtoyer toujours sans y tomber®.
Les musiciens ont reconnu que la musique qui se chante le plus facilement est la plus difficile à composer ^ ; preuve
1. Emploi un peu hardi, mais heureux ; l'instrument = la chose qui sert à produire quelque effet; les défauts sont les «agents »
en quelque sorte ; la laideur est « la fin ».
2. Un de nos contemporains déclare : « Tandis que la morale s’applique à définir le mal, à le circonstanciel’ (?), Peslbétique lie parle guère du laid ». On voit que Montesquieu en parle. Toutes nos conceptions sont dualistes ; étudier le laid c’est définir le beau, et par suite le goût.
La forme est d’ailleurs négligée dans ce passage : « avec » est répété quatre fois en trois lignes.