Cf. Règle : Un loup survint
jeuRj qui cherchait aventure.
MONTESQUIEU
Mon cher abbé, à votre retour d’Italie, pourquoi ne passeriez-vous pas par Bordeaux, et ne voudriez-vous pas voir vos amis, et le château de La Brède que j’ai si fort embelli depuis que vous ne l’avez vu^ ? C’est le plus beau lieu champêtre que je connaisse.
Sunt mihi cœlicolæ ; sunt cætera numina Fauni *
Enfin je jouis de mes prés pour lesquels vous m’avez tant tourmenté : vos prophéties sont vérifiées ; le succès est beaucoup au delà de mon attente ; et l’Eveillé dit : Boiidri ben que M. Vabhat de Giiasco bis aco^.
J’ai vu la Comtesse ; elle a fait un mariage déplorable, et je la plains beaucoup. La grande envie d’avoir de l’argent fait qu’on n’en a point. Le chevalier Gitran a aussi fait un grand mariage dans le même goût^ aux îles, qui^ lui a porié en dot sept barriques de sucre une fois payées. Il est vrai qu’il a fait un voyage aux îles, et qu’il a pensé apparemment crever. Adieu ; je vous embrasse de tout mon cœur.
De La Brède, le 16 mars 1752.
Au Même.
Soyez le bien arrivé, mon cher comte 6. Je regrette beaucoup de n’avoir pas été à Paris pour vous recevoir. On dit que ma concierge, Mademoiselle Betti^, vous a pris pour un revenant, et a fait un si grand cri en vous voyant, que tous les voisins en ont été éveillés. Je vous remercie de la
1. Cf. lettre du 9 novembre 1751 : «Si vous voyiez l’état où en est à présent La Brède, je crois que vous en seriez content. Vos conseils ont été suivis, et les changements que j’ai faits ont tout développe ; c’est un papillon qui s’est dépouillé de ses nymphes.»
Cf. Notice p. 31.
2. J’ai pour moi les habitants des deux, et tous les dons divins de Faune.
3. L’« Eveil lé» rqui se croit un peu le propriétaire) dit: «Je voudrais bien que M. TAbbé vît cela ! »