Passé — qui a perdu sa fraîcheur
LETTRES PERSANES
pour le moins vingt-cinq ans plus^ que moi; nous n’étions pas de même lit^ : j’ai ouï dire à feu ma sœur que sa ülle et moi naquîmes la même année. — Je le disais bien, Madame, et je n’avais pas tort d’être étonné ».
Mon cherUsbek, les femmes qui se sentent finir d’avance ^ par la perte de leurs agréments voudraient reculer vers la jeunesse. Eh! comment ne chercheraient elles pas à tromper les autres ? Elles font tous leurs efforts pour se tromper elles-mêmes, et se dérober à la plus affligeante de toutes les idées ^
A Paris, le J de la lune de Ghalval, 1713.
[Les deux Persans continuent leur enquête sur la société française de l’époque. A Usbek revient la tâche de dénoncer les ravages du jeu, dont la passion est de plus en plus violente surtout chez les femmes (LVI), de démasquer les casuistes et leur morale relâchée et subtile (LVII), d’exposer la situation des Juifs en Europe et les progrès de la tolérance à leur égard (LX), de s’élever en revanche contre l’intolérance religieuse qui pousse les gens au fanatisme et à la folie (LXI), d’aborder un certain nombre de questions métaphysiques et principalement le dogme de la prescience absolue de Dieu (LXIX). Usbek se délasse de l’étude de ces objets difficiles en lisant V Histoire iV Aphèridon et d* Astartè, roman oriental composé par un Guèbre et que lui communique complaisamment son ami Ibben de Smyrne (LXVII).
A Rica revient le soin de narrer le singulier contrat arrêté entre deux hommes qui s’associent pour avoir de l’esprit en société et pour se fournir l’un à l’autre des occasions de briller de façon à arriver à l’Académie (LIV); d’expliquer, en opposant les mœurs asiatiques aux mœurs françaises, comment est entendue à Paris la fidélité conjugale (LV); d’énumérer les gens de toutes sortes qui, dans uiie ville qui est la mère de l’invention, ont pour fonction de vider le porte-monnaie du passant, depuis l’homme «obligeant qui vient, pour un peu d’argent, vous offrir le secret de faire de l’or» jusqu’à la «marchande qui cajole un homme une heure entière, pour lui faire acheter un paquet de cure-dents» (LVIII); de rapporter les propos de «deux vieilles femmes qui avaient en vain travaillé tout le matin à se rajeunir» et qui le soir regrettaient les mœurs galantes d’autrefois, au milieu de vieilles personnes qui se lamentaient sur la disparition du passé (LIX) ; de dépeindre la frivolité des gens du monde et du Français en général (LXIII); de tourner en ridicule les faiseurs de livres inutiles, les ennuyeux compilateurs (LXVI), et les gens de robe qui, sous prétexte de ne point «s’enfler d’une vaine science», finissent par arriver à une ignorance