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Cf. plus loin, pn. 30.5 su

LETTRES PERSANES

monarchie comme la monarchie française, où le peuple Ta, pour ainsi dire, dans le sang (LXXXIX). En revanche, cet amour de la gloire en France, a ses ridicules et ses inconséquences indiqués dans la lettre XC.

Cependant le roi Louis XIV est mort, et Ushek l’a annoncé à Rhédi, en lui indiquant les premiers faits de la Régence (XCII) ; nous l’avons écouté ensuite, donnant à son frère « Sauton au monastère de Casbin » son avis sur les .solitaires qui se réfugiaient dans les déserts pour prier, jeûner, et habiter « la nuit et le jour avec les démons » (XCIII) ; puis, discutant sur l’origine et le caractère du « droit public », c’est-à-dire du droit des gens, sur les guerres, les alliances, les traités de paix (XCIV, XCV). Une lettre à Hassein, dervis de la Montagne dejaron, lui a permis de se lancer une fois encdre dans une métaphysique hardie et où il parle « trop' librement de ce qu’il y a de plus saint » dans la religion du prophète (XCVII). Il va nous dire ce qu’il pense des « Turcarets » de son époque : ]

Les manieurs d’argent.

XGVIII. USBEK A IBBEN A Smyrne.

Il n’y a point de pays au monde où la fortune soit si inconstante que dans celui-ci. 11 arrive tous les dix ans des révolutions qui précipitent le riche dans la misère, et enlèvent le pauvre, avec des ailes rapides, au comble des richesses. Celui-ci est étonné de sa pauvreté, eelui-là l’est de son abondance. Le nouveau riche admire la sagesse de la Providence; le pauvre, l’aveugle fatalité du destin L Ceux qui lèvent les tributs nagent au milieu des trésors : parmi eux il y a peu de Tantales Ils commencent pourtant ce métier par la dernière misère; ils sont méprisés comme de la boue pendant qu’ils sont pauvres : quand ils sont

1. Admire a, dans la deuxième phrase, le sens de « regarder avec stupéfaction » (sens latin mirari = s’ctonner).

± Roi de Sipyle (en Phrygie), et criminel envers les dieux auxquels il servit dans un festin les membres de son propre lils Pélops, Tantale fut plongé dans le Tartare et condamné à souffrir de la faim et de la soif; l’eau fuyait quand il en approchait les

lèvres, et les arbres relevaient leurs branches vers les cieux quand il tendait la main vers leurs fruits. Nageant au milieu des trésors, les P. T. S., comme les appelait La Bruyère (les partisans = ceux qui font des traités, des partis avec le roi qui leur donne à ferme les impôts), sont loin de mourir de faim et de soif.

MONTESQUIEU

riches, on les estime assez;. aussi ne négligent-ils rien pour acquérir de l’es lime ^

Ils sont à présent dans une situation bien terrible. On vient d’établir une chambre, qu’on appelle de justice, parce qu’elle va leur ravir tout leur bien 2. Ils ne peuvent ni détourner ni cacher leurs effets^ ; car on les oblige de les déclarer au juste, sous peine de la vie : ainsi on les fait passer par un défilé bien étroit, je veux dire entre la vie et leur argent. Pour comble d’infortune^, il y a un ministre connu par son esprit, qui les honore de ses plaisanteries, et badine sur toutes les délibérations* du conseil^. On ne trouve pas tous les jours des ministres disposés à faire rire le peuple'; et l’on doit savoir bon gré à celui-ci de l’avoir entrepris.

Le corps des laquais est plus respectable en France qu’ailleurs : c’est un séminaire ^ de grands seigneurs ; il remplit le vide des autres états. Ceux qui le composent prennent la place des grands malheureux, des magistrats ruinés, des gentilshommes tués dans les fureurs de la guerre ; et, quand ils ne peuvent pas suppléer par eux-mêmes, ils relèvent toutes les grandes maisons par le moyen de leurs filles, qui sont comme une espèce de fumier qui engraisse les terres montagneuses et arides

Je trouve, Ibben, la Providence admirable dans la manière dont elle a distribué les richesses. Si elle ne les avait accordées qu’aux gens de bien, on ne les aurait pas assez

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