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Il n’en reste pas de trace

MONTESQUIEU

Voici les livres de métaphysique, qui traitent de si grands intérêts, et dans lesquels l’infini se rencontre partout ; les livres de physique, qui ne trouvent pas plus de merveilleux dans l’économie 1 du vaste univers que dans la machine la plus simple de nos artisans ; les livres de médecine, ces monuments^ de la fragilité de la nature et de la puissance de l’art, qui font trembler quand ils traitent des maladies même les plus légères, tant ils nous rendent la mort présente, mais qùi nous mettent dans une sécurité entière quand ils parlent de la vertu des remèdes, comme si nous étions devenus immortels^.

Tout près de là sont les livres d’anatomie, qui contiennent bien moins la description des parties du corps humain que les noms barbares qu’on leur a donnés : chose qui ne guérit ni le malade de son mal, ni le médecin de son ignorance^.

Voici la chimie^ qui habite tantôt l’hôpital et tantôt les Petites-Maisons®, comme des demeures qui lui sont également propres.

Voici les livres des sciences, ou plutôt d’ignorance occulte ; tels sont ceux qui contiennent quelque espèce de diablerie 7 : exécrable^ selon la plupart des gens, pitoyables selon moi. Tels sont encore les livres d’astrologie judiciaire®. — Que dites-vous, mon père? Les livres d’as-

d. Cf. ((Je ne connais d’erreurs capitales en physique que celles qui nous donnent une fausse économie de la nature. » (Voltaire, Mémoire sur un ouvrage de physique). — Economie = arrangement réciproque des parties d'un ensemble qui concourent à une même fin.

2. Monuments a le sens du latin monumentum — ce qui indique, avertit, rappelle.

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