Qae = si ce n’est
DE LA POLITIQUE
n'S à l’intendant pour l’exécution de ce projet, afin que l’intendant n’eùt qu’à signer, et que les commis ne révélassent point son secret. Gela est pitoyable. Ce paquet, qui resta pendant quinze jours dans des mains étrangères, n’exposai b il pas son secr0? Que servait-il là, qu’à irriter la curiosité ^ ? D’ailleurs, les secrétaires du ministre ne ïiouvaient-ils pas être infidèles comme ceux de l’intendant? Le temps de deux heures, qu’il fallait pour écrire les ordres, était-il sufïisant à ces secrétaires pour révéler le secret d’une expédition ? Il y a souvent plus de petitesse d’esprit à affecter des précautions inutiles qu’à n’en prendre pas assez.
J’ai ouï des gens vanter un ministre ^ qui avait la vanité d’aimer mieux dicter tout de travers à trois secrétaires que de dicter bien à un.
Le même ministre était si affairé qu’il donnait audience à une, Ji deux, à trois heures après minuit.
Ces choses-là ne m’imposent point. Je sais que le grandvizir a, lui seul, le gouvernement politique, civil et militaire d’un empire de douze cents lieues de pays, et qu’il a du temps de reste.
J’ai vu des gens passer pour des grands hommes ^ parce qu’ils avaient su dire à un jeune homme de la Cour le lieu où il avait soupé la veille, et il n’y a personne qui ne l’eùt su, tout comme eux, s’il avait pu par là se faire valoir. Il ne fallait pour cela qu’un laquais gris^.
Nous avons vu de nos jours un autre ministre ^ qui n’avait jamais un seul papier sur son bureau, et qui n’en lisait jamais aucun. S’il avait réussi dans ses princixiaux projets, on l’aurait regardé comme une intelligence qui gouvernait un Etat à la manière des esprits.
1. Le premier que est pronom conjonctif = à quoi ; le second est conjonction = si ce n^est.
Cf. Crouzet..., Gr. Fr., p. 147.