‹ Morceaux choisisChapitre 77 sur 369 · DIALOGUE DE SYLLA ET D’EUCRATE · texte numérisé non relu

DIALOGUE DE SYLLA ET D’EUCRATE

(Composé en 17 22, publié en 1748.)

L’œuvre expliquée.

[Le Dialogue de Sylla et d'Eucrate parut dans le Mercure de France en 1745. Montesquieu lui-même l’a joint à l’édition des Considérations sur les Romains de . 1748. Depuis, on a l’habitude d’imiter cet exemple. Mais ce n’est pas après les Considérations, c’est après les Lettres Persanes qu’il faut placer le Dialogue. Il a été lu au Club de l’Entresol, vers 1722. On s’explique ainsi ce qu’il y -a d’un peu déclamatoire par endroits dans ce morceau brillant, et aussi ce qu’il y a de confiante jeunesse dans cette façon de développer des idées destinées à surprendre le lecteur. Laboulaye, dans son édition des Œuvres complètes, T. II, p. 330, est allé jusqu’à dire : « Il m’est difficile de regarder le Dialogue autrement que comme un paradoxe. S5dla n’était pas ce héros dédaigneux et sceptique ; il ne portait pas tant de délicatesse dans l’ambition. Qu’il méprisât les hommes, je n’en doute point ; qu’il se proposât de les étonner, et, chose plus étrange, qu’il voulût mener violemment les Romains à la liberté, ce sont là de ces assertions faites pour éblouir, mais non pas pour convaincre »

Peut-être cependant pourrions-nous observer que ce caractère de Sylla était assez énigmatique pour que cette interprétation fût permise. D’autres ont essayé de le faire revivre à nos yeux ^ ; ils ont fait des recherches historiques plus exactes ; on n’a pas prouvé qu’ils nous aient donné un portrait plus ressemblant.

Pour la forme du dialogue, Montesquieu a usé sans ménagement, mais non sans dextérité, des conventions ordinaires de ce genre. Villemain, qui faisait grand cas de ce morceau de psychologie historique, écrivait dans son Eloge de Montesquieu : « Dans Plutarque, dans Tacite, est-il une peinture égale à cette révélation du caractère de Sylla, se découvrant lui-même avec une orgueilleuse naïveté ? Comme œuvre historique, ce morceau est un incomparable modèle de l’art de pénétrer un caractère et d’y saisir, à travers la diversité des actions, le principe unique et dominant qui le fait agir ». Une telle appréciation indique bien que Montesquieu s’est préoccupé davantage de la peinture du caractère que de la vraisemblance des propos. N’examinons pas si l’écrivain du 18® siècle n’a pas été plus défavorable à Sylla que les écrivains postérieurs comme Mommsen ; mais reconnaissons que même devant Eucrate, philosophe inventé par Montesquieu, personnage

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