Mommsen, par exemple, dans Bon Histoire romaine, IV, x
DIALOGUE DE SYLLA ET D’eUCRATE
fictif, vrai confident de tragédie, Sylla détaille avec trop d’ « orgueilleuse naïveté » les motifs de ses différents actes. On sera de notre avis en parcourant le Dialogue.
Du moins, Montesquieu avait reconnu avec désinvolture qu’il avait profité de ces conventions. Une note parue dans le Mercure, et qui est peut-être de sa main, nous prévient sans détours : « Ce qu’on fait dire dans ce dialogue, à Sylla, n’est que pour développer son caractère, qui était celui d’un homme cruel et d’un mauvais citoyen, et en même temps pour inspirer de l’horreur iet du mépris pour le despotisme ».
Napoléon niait que cette scène de tragédie classique dût conduire le lecteur à cette conclusion. « Quelle est, demandait-il, la morale de ce parlage magnifique ? Aucune. Rien de cette pompeuse analyse n’est vrai, et la faire admirer, c’est fausser de jeunes esprits. En vérité, si je m’en souviens bien, c’est Sylla qui est le bel esprit et le rhéteur i. » Bel esprit et rhéteur, sans doute, à la façon d’un héros de Corneille racontant les proscriptions et les tueries en alexandrins éloquents. Mais la leçon n’est-elle pas à la fin de la scène, et la dernière tirade du confident Eucrate ne contient elle pas la morale du Dialogue ? C’est ce que montrera une lecture attentive de ce morceau. ]
Texte intégral.
Quelques jours après que Sylla se fut démis de la dictature 2, j’appris que la réputation que j’avais parmi les philosophes^ lui faisait souhaiter de me voir. Il était à sa maison de Tibur^, où il jouissait des premiers moments tranquilles de sa vie. Je ne sentis point devant lui le désordre où nous jette ordinairement la présence des grands hommes. Et dès que nous fûmes seuls : « Sylla, lui dis-je, vous vous êtes donc mis vous-même dans cet état de médiocrité qui afflige 5 presque tous les humains ? Vous avez