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LA VICTOIRE ET LA PAIX

Au fond de quel obscur fossé, de quel ravin, Cet être plein de feu, d'espoir et de jeunesse, S'en ira-t-il tomber, sans emporter ■ — détresse ! — Le doux baiser d'adieu des siens qui n'est pas vain, Mais rend vers l'Inconnu le départ plus divin ?

Il va sacrifier sa vie à la Patrie.

Vivres, fusil et sac ont beau le surcharger, Comme il lève la tête et comme il va léger ! Car il vole au secours de la France meurtrie, Dont les fils tour à tour tombent dans la tuerie.

La voix des opprimés par le joug des prussiens Qui jouissent sans frein de hideuses victoires, L'appelle, lui clamant de terribles histoires, Lui révélant tout ce qui menace les siens, Et des atrocités pires qu'aux temps anciens.

Il comprend toujours mieux la beauté de son rôle.. Oui, jusqu'à son dernier souffle, jusqu'à la mort !.. Car la cause est sacrée... Il va, docile et fort, Oubliant que le sac est lourd à son épaule, Soutenir le renom des enfants de la Gaule.

Ah ! cette voix, qui s'enfle et qui monte toujours.

Des victimes de la moderne barbarie !...

Il a quitté, peut-être, une femme chérie,

S' arrachant à ses bras, au nid de ses amours,

A son doux sol, berceau de ses plus tendres jours.

Et c'est tout frémissant, qu'il écoute la plainte Qu'ont, dans le sang des leurs, tant de pauvres pays. Nos espoirs seront-ils longtemps encor trahis? La flamme, qui sut vaincre, en nous est-elle éteinte Non, la France n'est pas mortellement atteinte...

Patiente, elle attend l'Avenir sans effroi. Mais la terre française en maints lieux s'effarouch Que la botte allemande impudente la touche. O consternation I en maint et bel endroit, Passe, hautain et vainqueur, un empereur et roi.

Et depuis plus d'un an, le canon toujours tonne. Sans pouvoir éveiller la Victoire et la Paix, Qui sauront bien, un jour, ô France, tu le sais, A ton relèvement se montrer... et l'Automne, Qui s'en va, de ne pas les voir venir s'étonne...

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