‹ Morceaux choisisChapitre 106 sur 221 · LA CHUTE D'UN ARBRE · texte numérisé non relu

LA CHUTE D'UN ARBRE

Près de la Seine, par tant d'averses grossie, Tandis que je songeais à mon propre néant. Que ma pensée, hélas I était bien obscurcie, Près de moi s'abattit, tout à coup, ce géant.

Mon Etre ressentit sa propre déchirure Dans l'affreux craquement qu'eut le vieux tronc pourri, Tout crevassé, qui, des cent ans, eut la parure Des Elés, lui, l'orgueil du sol qui l'a nourri.

Je ne m'attendais pas, certe, à ce phénomène. Si paisible était l'air ! moi, j'étais absorbé ; Je reprenais la route où l'angoisse me mène, Cette route où mon rêve est si souvent tombé I

Sans maudire mon sort, j'écoutais sur la Seine Le murmure vainqueur du flot montant encor Mon cœur dépouillait-il son écorce malsaine ? J'étais tout attiré par l'hivernal décor.

Mon esprit croyait-il aux possibles revanches ? Ou s'écroulerait-il ?... Oh ! Y affreux grondement Que fit Técroulement du tronc, des grosses branches, Et comme il éclata dans tout son fondement !

Ah ! que recélait-il en son air débonnaire ? Quelle âme de douceur sous son dehors rugueux ? C'était un paladin affrontant le tonnerre. Il érigeait ses bras au ciel, fier comme un gueux.

D'être debout, depuis un siècle, la fatigue

A, semble-t-il, causé cette chute soudain

Du grand arbre qui gît... Arbres, mon âme brigue

Son inspiration près de vous... Quel dédain 1

Quel dédain vous avez pour nos vaines querelles 1 Impassibles ?... Non pas !... j'ai pu souvent le voir. Mais vous n'obéissez qu'à des lois naturelles... A votre ombre, à vos bruits, je trouve mon Savoir...

Et mon regard admirât if qui l'a toisé, T'a senti près de lui, Pitié qui là te penches I Sans doute avec le sien mon Rêve s'est croisé Dans l'entrecroisement si confus de ses branches.

Et, sans doute, quand je passais, s'était noué Entre cet arbre et moi le lien Sympathie. Et d'un pressentiment fus-je donc secoué ? Mon âme de sa mort était-elle avertie ?

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