JE NE VOULAIS PAS CROIRE
Vois-tu, la terre est refroidie Par les menaces de l'hiver, De feuilles le sol est couvert ; Déjà la vie est engourdie.
Novembre 1 et puis voilà qu'il pleut I Et c'est, sous une averse fine, La branche qui rêve et s'incline Sous le ciel triste qui l'émeut.
Plus d'une feuille s'en détache Qui se souvient du doux Printemps i On voit au ciel, de temps en temps:
Voler une jaunâtre tache.
Ah ! mon regard, tu t'arrêtas Sur plus d'une, depuis enfuie Parmi les larmes d'une pluie, Vers ses sœurs qui forment des tas.
Je me disais : « Il en reste une.
— O douce amie î — elle fait bien.
Mais voici que trop tôt survient Sa chute, à mon Rêve importune.
Je la voyais se nuancer
De manière si délicate
Que, dans ma solitude ingrate,
J'aimais la voir se balancer !
J'oubliais cette flétrissure Qui lui donnait des tons si doux...
Hélas ! on a des désirs fous ; De rien jamais l'âme n'est sûre.
Et je me dis : « Combien j'aimais L'Illusion, presque flétrie, Tenant à mon Ame meurtrie Qui croyait l'avoir à jamais !
« Vraiment, je ne voulais pas croire Qu'elle aussi s'en irait, un jour, Comme tant de sœurs à son tour I Ah ! que de glas en ma mémoire I
« Je ne pensais pas que du Ciel Pour la ravir en cette grâce, Où la Réalité s'efface, Viendrait un souffle si cruel ! »