PAYS GASCON
Oh ! il est un pays — je ne puis l'oublier,
Et bien souvent vers lui, mon âme, tu t'élances —
Où j'ai passé bien des vacances
Du temps que j'étais écolier I
J'ai là — car je les sens présents — plus d'un ancêtre. Ils ont pu moissonner dans cette paix des champs,
Ecoutant leurs nobles penchants,
Des brins de vérité, peut-être.
Oui, c'est là qu'inspirés, ils ont pu tant louer Le ciel, parfois connu quelques moments de joie ;
Que des vertus suivant la voie,
Ils ont pu tant se dévouer...
Ah ! il ne fallait pas d'autre raison, sans doute Pour me donner déjà la tendre émotion,
Et m' emplir de dévotion,
Quand pour ces lieux j'étais en route !
C'est pour cette raison, dès que j'en approchais, Que tout disait soudain à mon cœur de renaître.
Passé que je n'ai pu connaître !
C'est pourtant toi que je cherchais !
Je me réfugiais dans une solitude, Que distraire pouvait le vol d'un papillon ; Et dans un pré, dans un sillon, Tout m'était un sujet d'étude.
Débonnaire, abritant mes songes dans août, Quel confident pour moi fut le chêne ou le hêt re I
Près d'eux, meilleur je croyais être...
Bruissements ! J'y prenais goût.
Ah I quand je m'enfonçais dans la belle garenne, Où j'écoutais, pour plus saintement frissonner, Et gazouiller et bourdonner I Ah ! que la douceur m'en revienne I
Pouvais-je, en vérité, croire que j'étais seul. Quand je sentais de moi s'approcher le mystère ?
Sur la maison, d'un air austère,
Versait son ombre le tilleul...
La poule qui picore ou le chat qui ronronne : Voilà ce dont, enfant, je savais m' éblouir... Tu vis mon cœur s'épanouir, Pays gascon, Lot-et-Garonne !