A CE REGARD VOILÉ
Ecoute, à tous tes pas, l'Automne soupirer, Qui répand sur nos cœurs les flots d'une harmonie, Qui nous fait méditer, venant d'une agonie, Et sait vers les pensers profonds nous attirer.
Dans le frisson de vie, oui, quand t out naît , tout germe, Nous avons des élans de jeunesse et d'amour. Mais des pieux élans . surtout revient le tour, Lorsque languissamment le pétale se ferme.
O râle dont je veux être le confident I La solitude moins nous pèse dans l'automne ; De sa tristesse alors est-ce que l'on s'étonne ? Le besoin de souffrir nous paraît évident.
J'écoute les frémissements du jour, de l'ombre,
Comme si je devais, pour la première fois,
De toute vérité savoir enfin les lois ;
Plus près de moi sentir l'univers, et moins sombre.
Et Ton trouve un parfum exquis à sa rancœur Parmi celui que porte un soupir de la feuille. Qu?.nt à l'illusion, si, pensif, on P accueille, On lui pardonne alors de tromper notre cœur.
Parmi les bois, Paile de la mélancolie Nous porte en la beauté grave de ce décor, Où le trépas sourit parmi la pourpre et Por ; Charme alors qu'à ses pleurs sent notre âme amollie
L'Automne est pour le cœur la magique saison Il s'y ressent, il s'y pénètre, il s'y devine, Dans les tendres clartés, dans la brume divine, Dans la voluptueuse et fraîche exhalaison.
A ce regard voilé du ciel, comme il s'éclaire ! Tout lui semble propice à son recueillement : Et le calme et le vent, tout site et tout moment De la saison à la robe crépusculaire !
La vie, Automne, en toi, s'éteint avec orgueil. Tout semble se vêtir d'une magnificence Qui parle à nos désirs : le bruit et le silence, Le ciel en sa pâleur et l'arbre dans son deuil.
Oui, j'offrirai mon âme à tes langueurs, Automne, Pour lui faire sentir la douceur de la mort. C'est alors que, malgré la rigueur de son sort, C'est alors qu'elle oublie, et s'apaise et pardonne 1