‹ Morceaux choisisChapitre 139 sur 221 · J'ACCUEILLE AVEC AMOUR · texte numérisé non relu

J'ACCUEILLE AVEC AMOUR

Charme mystérieux des splendeurs automnales !

Ne vient-il pas pour m' assister ?

J'y trouve des raisons, plus saines, moins banales

Et de sentir et d'exister.

Mon Rêve sait encor se vêtir d'opulence Près de celle de maint tableau,

Où la feuille, en tombant, vient rompre le silence Au pied du chêne et du bouleau.

Avec naïveté si notre âme s'étonne,

Toujours, hélas ! que tout finit,

Que vont lui suggérer les pâleurs de l'Automne ? C'est l'éclat d'un Monde infini.

Si le soupir d'Automne, emplissant tout l'espace,

Se fait si pur, mélodieux, C'est que l'Eternité, qui rayonne avec grâce,

Sourit et vibre en les adieux.

J' accueille avec amour la divine tristesse Qui de partout semble émaner,

Tandis que chaque feuille, avec délicatesse, Va se tacher et se faner.

En soi que de ferveur, à l'Automne, on découvre,

En ce décor prestigieux 1 A la sublimité du ciel mon âme s'ouvre,

En son émoi religieux.

Bénie et pure alors se sent la solitude Qu'émeut le céleste frisson.

La feuille vole en lui, sa chute en est moins rude Sur la prairie ou le buisson.

A ce mélancolique et si charmant spectacle, Où tant de jour s'évanouit,

S'accomplira, peut-être, en mon sein le miracle D'une clarté qui m'éblouit.

Laissez-moi contempler encore cette vie, Qui pâlit, lentement s'éteint.

La Vie n'est-elle pas de cette autre suivie, Où notre But se trouve atteint ?

O Mystère chantant et pleurant à la fois 1 Mystère, en la brise automnale,

Qui répands ton encens parmi mes saints émois, Ton chant sait dominer ton râle !

Page 1