‹ Morceaux choisisChapitre 151 sur 221 · RIEN, RIEN NE RECOMMENCE · texte numérisé non relu

RIEN, RIEN NE RECOMMENCE

L'universel aveu d'impuissance et d'effroi Crie au fond de moi-même.

Et chaque jour, hélas I le désespoir qui croît Peut conduire au blasphème.

Quoi donc I j'ai si peu pris de toutes ces beautés

Eparses dans le monde ; Et je me fis aveugle à toutes ces clartés Dont le ciel nous inonde I

J'aurais ainsi marché toujours, sans avancer,

Sur des chemins arides ; Les cieux, vers qui mon cœur aurait dû s'élancer,

M'ont donc semblé si vides î

Ah I trop souvent on est trompé par la raison Qui porte à ne pas croire ;

Et l'on croit se donner, mettant l'âme en prison, Peut-être, une victoire.

Que les saisons ont donc agité devant moi

D'amours et d'agonies, Sans que j'eusse compris, au juste, cette loi

Des saintes harmonies I

A ce soupir du temps, comme dans sa chanson, J'aurais dû, sur ma route,

Ecouter autre chose, et, malgré la raison, Que la voix de mon Doute..»

Il reste un peu de vie à ton front, o forêt,

Du Rêve, cher asile !

En tes derniers parfums j'exhale mon regret

Peut-être encor stérile.

Tu dois recommencer, dans un printemps nouveau.

Ta chantante existence.

Mais pour nous qui marchons sans arrêt au tombeau,

Rien, rien ne recommence...

Tout ce que prend le Temps I... hélas ! que me rend-il ?

Souvent ce qui m'irrite.

A l'âme, quelquefois, s'il montre un doux avril,

C'est pour l'ôter si vite !

Le Temps fuit... Espérer ? c'est un nouvel écueiJ Auquel il faut s'attendre...

Ah I c'est bien seulement à la paix du cercueil Que l'homme peut prétendre !

Gascogne^ château de Garcin

MOItCIABX CHOISIS

UN ENTERREMENT A LA CAMPAGNE (Sonnet)

1 Une charrette à bœufs est le char mortuaire. Est-ce un De profundis que murmure le vent ? Pour celui qui Paima, tout le sol s' émouvant Ne doit-il pas prier Y Infini qu il Péclaire ?

Vers la nuit du tombeau le mort en la lumière S'en va, qui le connut vaillant et bon vivant, Au pas des animaux qu'il guida si souvent. Leur poil roux touche presque au drap blanc de la bière.

Mais ce convoi rustique a cette majesté, Que, de tout ce qui peut à la clarté prétendre, Entoure l'unanime et claire piété.

Oui, ce cahotement au mort doit sembler tendre. Toute sa rude vie a l'air de le bercer, De lui sourire encore avant de s'effacer...

DES AMES, LES FLEURS SONT TOUTES

Que je m'enivre de ces fleurs, Qui sur leurs lyres parfumées Chantent qu'elles furent aimées En tous les temps par bien des cœurs..

Elles ont de plus d'un Poète Guidé la route à l'Idéal, Lui versant l'arôme en le val De mainte espérance secrète.

Mais leur beauté les a souvent Si vite au trépas condamnées !

Avant l'heure elles sont fanées Par... un caprice seulement...

Ces blanches fleurs font une grappe, Et s'habillant de doux reflets, Au vent dansent quelques ballets D'où plus d'un pétale s'échappe.

DES AMES, LES FLEURS SONT TOUTES... 281

Mais solitaire, en sa fierté, Rêveuse, sur son pédoncule, L'une confie au crépuscule Qu'elle veut mourir en beauté.

Et celles-ci, ce sont des ailes, Qui semblent dire aux papillons :

« En rêve nous nous envolons, A nos amours restant fidèles. »

Puis une coupe est celle-ci, Dont, par le matin déposée, L'oiseau vient boire la rosée, En pépiant un gai merci.

Je rêve à la céleste coupe Où des maux on boirait l'oubli...

Qu'avec un art simble et joli Cette corolle se découpe !

Mais au céleste épanchement S'ouvrent toutes ces fraîches urnes, Qui, de tous les charmes nocturnes, Ont encor le scintillement.

Et celles-là semblent des lèvres, Qui rendent au jour ses baisers, Et les rendent à nos pensers Dont leur font hommage nos fièvres.

Ecoutons ! leur chuchotement, Qu'emporte le galant zéphyre, Veut tout expliquer, veut tout dire, Même répondre au firmament.

Ces fleurs, sont-elles des oreilles, Qui du Poète, cet Amant, Ecoutent maint aveu charmant Et naïf pour tant de merveilles ?

Et celles-ci, ce sont des yeux De velours pâle et de pervenche, Dont le regard monte et se penche, En reflétant celui des Gieux.

Le jasmin, le lilas, la rose, Fleurs les bois, des champs ont d'accord Pour dire : ce Ouvre-toi sans remord Comme nous, cœur le plus morose »

Près de la fleur du même nom Veut se nuancer ma Pensée.

L'âme, en parfums récompensée, Voit près des fleurs sa floraison.

Ah! des âmes, les fleurs sont toutes. . . Oui, des âmes viennent à nous Par elles, en des reflets doux, Embaumant nos pénibles routes I

DES AMES, LES FLEURS SONT TOUTES

Le vrai charme que vous avez, Fleurs aux éphémères corolles, Vient de La-haut ?... Vos auréoles Disent le ciel que vous savez I

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