IL M'A SUFFI
Dans le frémissement des feuilles desséchées
Qui, les unes après Les autres, sont, telles des espoirs, détachées
Sous les pleurs des forêts ;
Dans le rayon tremblant et le pâle sourire
De ce soleil voilé, Dans le morne regard, quand le jour se retire,
Du ciel non étoile ;
Tandis que les oiseaux vers les chaudes contrées
Décidaient leur essor, Je ressentais partout — o Beautés éplorées ! —
Le frisson de la mort.
Partout, comme un amour trahi par T espérance, Le jour tombait lugubre et froid.
Terre, parmi le vent chantant sur ta souffrance, La Mort riait de ton effroi !
il m'a suffi... 287
Et partout de mon cœur c'était le vide immense Qu'y laissait ce qui disparaît
De feuillages, de doux murmure et de silence Et de parfums qu'il adorait !
Ah ! que répondre à tant de voix agonisantes, Disant à l'Espoir qu'il a tort,
Et s' exhalant de toutes ces choses gisantes Que confondait l'œuvre de mort ?
Pour trouver la réponse à faire aux voix fatales Disant que se rompt tout lien,
Et pour ne pas m'épouvanter de tous ces râles Qui déjà prédisaient le mien ;
Il m'a suffi — Fête des Morts de qui la flamme Au Ciel m'a fait reprendre goût —
D'écouter le seul cri triomphant de mon Ame, Et qui trouvait réponse à tout !