LE RHIN
« O Toi qui sus, sur le clocher Verser un Azur de tristesse, Pour faire ces jours d'allégresse, Sur nous tu voulus te pencher I »
L'eau du Rhin ! la France, éperdue De joie, y veut, dans sa fraîcheur, Boire l'oubli de son malheur De l'avoir un instant perdue !
Ah ! l'Histoire lui dit, peut-être, Que maintenant il est français I Mais, ô juste ciel, tu le sais Qu'il n'a jamais cessé de l'être !
Et que grand fut l'étonnement Du Rhin, de voir sa rive, à cause De ce qu'un goût barbare impose, Prendre parfois l'air allemand ;
D'ouïr des buveurs sans vergogne Chanter l'air du Rhin allemand, Et tandis que plus lourdement Triste s'envolait la cigogne ;
Tu sais qu'il garda tendrement Beaucoup des échos que l'Histoire Sur lui roulait éloquemment, Et qu'il baptisa mainte gloire !
Ah ! qu'il était dans le courroux, A voir sur ses bords, sans défense, La cueillette des fleurs de France Par des gretchens à cheveux roux !
Le Rhin ! Allemand ? Oh ! L'insulte L'affubla de ce nom hideux, Mais de ses eaux, toujours, les vœux Protestèrent dans leur tumulte !