LE VIEUX PIGEONNIER INHABITÉ
Sous son chapeau pointu de tuiles, Oh ! regarde le pigeonnier, Qui, battu par l'air printanier, Sait, hélas ! ses murs inutiles.
Sur le bord de la basse-cour, En laquelle il n'a plus de rôle, Il a l'air pitoyable et drôle...
Hélas ! sa vie et son amour,
C'était cet hôte qui roucoule, Et dont le doux roucoulement Paraît un doux écoulement De rêves tranquilles, en foule.
Celui qui, tantôt familier, Se confond à ces volatiles, Qui picorent, oiseaux dociles, Et semble avec eux se lier ;
Et qui tantôt parmi Y espace Voudrait confondre son essor A ceux qui n'ont, — vagabond sort Jamais à leur gré trop de place ;
Lui, bon campagnard, le pigeon, Qui, pour prendre part à la fête Des basse-cours, tombe du faîte Dans un débonnaire plongeon ;
Puis qui, remonté dans son rêve, Poète, plonge à l'horizon, Dont il rapporte le frisson, Au toit où le lierre s'élève...
Lui qui parfois orne un pilier, Se posant tendre et romantique. Ou porte à maint séjour antique L'aile d'un Présent familier ;
Il n'est plus... La rose trémière Vient ombrager du mur le deuil, Pour qu'il évoque, avec orgueil, D'un passé l'ombre hospitalière.
Le pigeonnier était ailé...
Battements d'ailes éloquentes, Dont les aubes sont confidentes, Hélas I son cœur s'en est allé...