PAS UN DE CES RAYONS
Pas un de ces rayons qui ne crée une grâce
Et ne soit un baiser d'amour, N'ouvre un bouton, ne mette en fuite une menace,
Et du ciel n'offre tout le jour !
Pas un de ces rayons qui te soit inutile, Et dans Mai tu les ressens tous,
Nature, et par la fleur si coquette et fragile, Ton émotion vient à nous 1
Si nous vibrons sous le grand ciel, à sa lumière,
C'est parce que tu la reçois 1 Et si l'Eternité s'avoue à la prière,
C'est parce que tu la perçois !
Quoi donc I l'Eternité dans la fleur se révèle, Dans elle qui mourra bientôt !
Oui, c'est pourquoi de vie autant elle étincelle, En embaumant le cœur dévot !
Oui, c'est l'Eternité qui par l'âme est conquise Dans cette gamme des couleurs,
Lorsqu'elle s'associe à ta ferveur exquise, Et sent d'espoir briller ses pleurs I
Tant d'éclat, ô Nature, à regarder m'oblige
De l'amour la pure raison !...
Ah ! que mon âme prenne, ainsi que chaque tige,
Sa rayonnante floraison !
A L'UNISSON (Sonnet)
C'est Mai : mille chansons fusent de tous côtés. C'est l'appel tendre et court ou la musique ardente ; Et le cœur plus dispos, dont l'ombre est confidente, Sait en lui le frisson de toutes les beautés.
Il attend, apaisé, l'essor des nouveautés ; Les naissantes candeurs s'offrent à son attente ; Et son deuil orgueilleux d'y rêver se contente... Dans l'ornière les chars grinçants sont cahotés.
Au travail le Printemps semble rendre un hommage ; Un encouragement passe dans sa chanson, Où chante déjà l'or qu'offrira la moisson...
Et le cœur s' oubliant, attentif au ramage D'un roitelet, perdu dans les fleurs du buisson, Avec cette ferveur se met à l'unisson.
LES DEUX TILLEULS (Sonnet)
Les tilleuls, odorants par cette multitude De fleurs que fit jaillir Mai de tous leurs rameaux, Font de leur frondaison, que percent maints oiseaux, L'ombrage où la maison chérit sa solitude.
Ils sont deux qui vers elle, avec sollicitude, Etendent jusqu'au toit leurs branchages nouveaux, Et, parmi leur fraîcheur, aux espoirs les plus beaux Accordent leur magie avec mansuétude.
Par leurs fleurs, à l'abeille ils présentent un miel. Un miel au Rêve aussi... Tout leur couvert chantonne D'un sourd bourdonnement ,doux, bien que monotone.
Ils éventent le Rêve où je dors, dans le ciel ;
Sur leurs rameaux, vibrants d'une grâce où j'adore,
Offrent à mon éveil les baisers de l'aurore.
L'ARDENTE AURÉOLE (Sonnet)
Les coteaux vont flamber de soleil et d'orgueil ; L'Eté, dont le baiser de flamme les dévore, Mûrit, dans son amour, la moisson qui les dore, Que, fier, le paysan admire, dès son seuil.
La plus sombre pensée à l'instant fait accueil, Où l'épi vient offrir, comme une blonde aurore, A cette Humanité, sous le ciel qu'elle implore, Le grain qui la nourrit en sa joie ou son deuil.
L'Eté, dont le soleil est l'ardente auréole,
Est le Dieu qui mûrit, le Dieu qui vient nourrir.
Maturité !.... hélas ! mainte grâce s'envole...
O fleur que le Poète a su voir et chérir, Tu ne peux supporter l'éclat de l'auréole Sous laquelle la tienne, à mes pieds, se désole 1
Cahors.