LE RUISSEAU
La splendide clarté du grand jour me fait mal. Je sortirai ce soir. Les paupières mi-closes Et les lèvres sans voix, je descendrai le val Dont le calme est plus doux que le parfum des roses.
C'est un petit vallon où coule un clair ruisseau, Et, comme sous les pas l'herbe toujours repousse, Mon âme se ranime au contact de son eau 1 Ainsi le Bonheur reste ignoré sous la mousse...
Le ruisseau ne sait rien encor de son destin, Le ruisseau clair qui vient de jaillir de sa source. Il ignore, en baignant la lavande et le thym, Les lointaines cités où le porte sa course.
Il est heureux I... Hélas I comme toi je voudrais Ne rien savoir encor de la troublante vie, N'avoir pas de passé, n'avoir pas de regrets, Etre aussi pur que toi, ruisseau clair que j'envie !
Oui, prends-moi, garde-moi, berce-moi dans ton lit : N'y vois-je point celui que je rêve, mon double, Si près de moi, si loin de nous, un peu pâli, Comme toi sans passé, comme ton eau sans trouble ?
Mais l'image qu'en toi je regarde en songeant, Ce n'est pas moi, ce n'est qu'un fantôme, peut-être, Comme ce diaphane et beau croissant d'argent Qu'un rayon de la lune a devant moi fait naître !...