A L'INCONNUE
(Au bord du lac de Thoune)
O Toi qui m' apparus un soir, belle Inconnue, Près du lac où brillaient les étoiles des cieux, Où d'un plus doux éclat se miraient tes beaux yeux, Astres à peine éclos, à la flamme ingénue !...
Oh ! ces astres, ces yeux, dont je rêve toujours, Qui, s'allumant au ciel dans l'extase et le rêve, Se baignant dans les eaux qui jouaient sur la grève, Ont été dans ma nuit deux étoiles d'amour 1
Car ton regard, alors, vint me trouver dans l'ombre,
Sur le banc où j'étais immobile et muet,
A travers le feuillage où rien ne remuait,
Où je regardais tout sans rien voir, seul et sombre.
Ce regard, Je le vis qui, doux, semblait prier. Belle Inconnue, hélas ! pardonne-moi, pardonne : Je ne l'ai pas compris, et mon cœur s'en étonne I Oh I mais surtout, plains-moi : je n'ai pu l'oublier...