‹ Morceaux choisisChapitre 21 sur 221 · LA CLOCHE · texte numérisé non relu

LA CLOCHE

Sur la maison de Dieu, d'émotion pieuse Il bat, lorsque le prêtre élève Fostensoir Aux offices divins, à Pangelus, le soir... Quand nous naissons, il bat d'émotion joyeuse

Et, lorsque nous mourons, il bat lugubrement : Sa voix est un sanglot qui se meurt dans l'espace Tandis que, sous les fleurs, la dépouille qui passe S'en va vers les cyprès, silencieusement.

Mais cette voix n'est pas toujours faite de larmes De prière et de chants ; ce grand cœur oppressé, Cœur de bronze élargi par l'Histoire qu'il sait, A jadis appelé la nation aux armes.

Et ce cœur se fondit de vaillance et d'amour Pour la France en péril, pour être, en la bataille, Le bronze du canon qui vomit la mitraille. Et sa voix se faisait plus puissante toujours 1

... Le village s'endort et le clocher s'efface Dans l'ombre, mais je songe au violent tocsin Qui va battre là-haut, éveillant tout l'essaim Des travailleurs, ce soir, si le danger menace.

0 tocsin, carillons qui parlez de vertu,

Je songe que la cloche est le cœur du village !

... Mon cœur, qui vit aussi là-baut, parmi l'orage,

L'aurait-on entendu s'il avait mieux battu ?

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