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A LA BRISE

Petite brise

Qui, sur la terre et sur les eaux, Fais voltiger la feuille et trembler les roseaux, Dans le jour incertain fais danser l'ombre grise ; Qui prends un seul pétale ou disperses entier Le calice mourant, en deuil de l'étamine, Du nénuphar lacustre et du pâle églantier, Dont toujours un peu plus la tige qui s'incline Semble au ciel automnal faire un geste d'adieu, Tandis qu'avec lenteur, pâle et brumeux, Octobre

Fait briller sur ce décor sobre Des traits de feu ;

Petite brise, Où meurent les vagues chansons Des oiselets frileux blottis dans les buissons, Des ruisseaux dont le flot sur les cailloux se brise, Où s'éteint le frisson des vagues de l'azur, Où la flamme vacille et frissonne la plume ; Qui deviens enivrante auprès du raisin mûr, Bourdonnante en la ruche, humide dans la brume ;

38 l'ombre étoilée

Petite brise, es-tu, dans un souffle béni, Où T inconnu murmure et chante le mystère, L'harmonieux soupir sur terre De Tinfini ?

Petite brise,

Les hirondelles qui s'en vont, Laisse-les, ne suis pas leur départ vagabond, Reste, abandonne au sort tout être qui méprise La tristesse d'Octobre au penchant des coteaux, Et qui, de voir à terre agoniser la feuille, S'épouvante. Viens, souffle au-destus des châteaux, Des granges où la porte entrouverte t'accueille ; Mêle l'odeur des foins au parfum du passé, Le murmure des eaux à la voix infinie ;

Puis viens trouver, brise bénie, Mon front lassé !

Petite brise,

C'est le soupir harmonieux Des astres pâlissants, que ne voient plus nos yeux, Qui descend avec toi parmi la plaine grise, Dans le triste vallon, sur les bois jaunissants, Et se mêle à celui de la nature entière, Fait de mille soupirs tristes et ravissants, Qu'exhalent l'herbe tendre en tombant en poussière Et l'arbre dénudé qui se lamente en vain ; Et, te faisant le souffle où s'envole une abeille,

Tu viens bruire à mon oreille, Soupir divin 1

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