‹ Morceaux choisisChapitre 23 sur 221 · INVOCATION A LA LUNE · texte numérisé non relu

INVOCATION A LA LUNE

Tu fais communier le ciel avec la terre Dans un baiser de paix et de recueillement,

Mystérieusement.

C'est l'instant d'adresser, dans le silence austère, Aux astres, au Grand- Tout, le solennel serment

D'aimer infiniment.

Ah I permets au rêveur, permets-moi, dans le lierre, Parmi la plaine blanche, à travers ses gazons,

Sur le toit des maisons, De venir épancher mon âme à ta lumière, Car vague est son désir, comme les horizons

Où rampent tes rayons...

Et partout nous voyons voltiger de la cendre : O souvenirs défunts, vos restes sont-ils là ?

Si tu pouvais les rendre A tous les malheureux dont l'espoir s'envola, A cette heure où le son du cor se fait si tendre

Que mon cœur peut l'entendre !

Tu sais ressusciter le château féodal :

De spectres il se peuple à l'heure où la chouette,

Parmi l'ombre muette, Hulule, — cri plaintif qui fait frémir le val... ...Lugubre, est-ce l'appel, que dans quelque oubliette

Une détresse jette ?

Hélas ! combien est-il de ces désespérés

Qui ne sont pourtant pas des spectres, des fumées,

Qui, loin des voix aimées, Affamés d'idéal, sont vivants enterrés, Dont les âmes en deuil à tout espoir fermées

Ne sont pas exhumées 1...

34 visions

Sur ta face on croit voir rayonner la bonté Des au-delà d'amour, et ta molle caresse

Berce notre paresse.

Ah ! de la vieille tour où tu semblés monté, Astre ami vigilant, que ta clarté s'abaisse

Vers les cœurs en détresse I

O toi qui viens le soir au sein de la forêt, A travers les halliers pleins de lueurs ailées,

Pénétrer tout secret, Fouiller chaque mystère au profond des vallées, Dis, si quelqu'un souffrait, ta lumière viendrait

Et le consolerait ?

Si, ce soir, en danger était un cœur qui souffre, Pareil au frêle esquif que menacent les flots,

Eclaire ce chaos Où s'embusque la Mort, penche-toi sur ce gouffre, Donne au cœur agité le baiser du repos,

Rendors les yeux déclos.

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