INVOCATION A LA LUNE
Tu fais communier le ciel avec la terre Dans un baiser de paix et de recueillement,
Mystérieusement.
C'est l'instant d'adresser, dans le silence austère, Aux astres, au Grand- Tout, le solennel serment
D'aimer infiniment.
Ah I permets au rêveur, permets-moi, dans le lierre, Parmi la plaine blanche, à travers ses gazons,
Sur le toit des maisons, De venir épancher mon âme à ta lumière, Car vague est son désir, comme les horizons
Où rampent tes rayons...
Et partout nous voyons voltiger de la cendre : O souvenirs défunts, vos restes sont-ils là ?
Si tu pouvais les rendre A tous les malheureux dont l'espoir s'envola, A cette heure où le son du cor se fait si tendre
Que mon cœur peut l'entendre !
Tu sais ressusciter le château féodal :
De spectres il se peuple à l'heure où la chouette,
Parmi l'ombre muette, Hulule, — cri plaintif qui fait frémir le val... ...Lugubre, est-ce l'appel, que dans quelque oubliette
Une détresse jette ?
Hélas ! combien est-il de ces désespérés
Qui ne sont pourtant pas des spectres, des fumées,
Qui, loin des voix aimées, Affamés d'idéal, sont vivants enterrés, Dont les âmes en deuil à tout espoir fermées
Ne sont pas exhumées 1...
34 visions
Sur ta face on croit voir rayonner la bonté Des au-delà d'amour, et ta molle caresse
Berce notre paresse.
Ah ! de la vieille tour où tu semblés monté, Astre ami vigilant, que ta clarté s'abaisse
Vers les cœurs en détresse I
O toi qui viens le soir au sein de la forêt, A travers les halliers pleins de lueurs ailées,
Pénétrer tout secret, Fouiller chaque mystère au profond des vallées, Dis, si quelqu'un souffrait, ta lumière viendrait
Et le consolerait ?
Si, ce soir, en danger était un cœur qui souffre, Pareil au frêle esquif que menacent les flots,
Eclaire ce chaos Où s'embusque la Mort, penche-toi sur ce gouffre, Donne au cœur agité le baiser du repos,
Rendors les yeux déclos.