‹ Morceaux choisisChapitre 28 sur 221 · L'ENVOL DES IDÉES · texte numérisé non relu

L'ENVOL DES IDÉES

La fièvre du jour meurt sous la lente caresse Où tristement le ciel épanche sa tendresse ; Et le morne soupir qui traverse les bois, Où naissent des frissons, où s'éteignent des voix, Qui rend folle la feuille et fait les eaux ridées, Emporte dans le soir le vol de mes idées...

Filles de ma pensée, au-dessus des sillons, Au sein de la richesse ou parmi les haillons, Ayez, dans votre vol muet comme invisible, La douceur et la force et l'ardeur invincible I

Hâtez-vous et prenez un peu de jour encor, Interrogez la vie et bien plutôt la mort ; Drapez-vous dans tout voile et dans chaque suaire ; Vivez sous un aspect lugubre et mortuaire ; Allez chez le coupable éveiller le remords ; Eteignez le faux jour, faites vivre nos morts, Car le linceul les a blanchis, leur ombre est pure, Elle a droit au respect de la race future.

44 l'ombre étoilée

Mais de nous est trop loin la vérité qui luit Pour connaître comment dans notre ombre celui — Qui fut la cause et la raison de toutes choses, Juge ceux qu'il fait vivre, et quant à moi je n'ose Opiner... O mon Dieu, vous ne me dites rien, Sauf quand je fais le mal ou quand je fais le bien !...

Hâtez-vous, hâtez-vous, filles de ma pensée Qui portez mon idée à la foule insensée, Aux champs nus vous ferez encore des moissons, Et, vous enveloppant des dernières chansons Et des premiers puissants coups d'aile de mon rêve, Préparez le chemin à mon cœur qui s'élève 1

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