VERS LA SUPRÊME BOUCHE
La contemplation des étoiles pénètre
Tout mon cœur fatigué qui ne peut plus renaître
Aux terrestres espoirs que nous font entrevoir
Les lendemains d'azur que promet un beau soir ;
Et ne voulant plus croire à ces voix passagères
Dont les paroles sont ici-bas mensongères,
Il interroge alors le silence des cieux...
Aux espaces muets il demande, anxieux,
La cause de leurs feux qui brillent sur le monde,
Si dans leur profondeur, que nul regard ne sonde.
Ils ne recèlent pas le secret de son mal ;
N'est-ce pas un orgueil à lui-même fatal
Que de chercher si haut la raison des souffrances
Qui font tarir en nous les moindres espérances ?
Mais c'est là ce qui donne à ses maux tant de prix ;
Avec ivresse il peut se dire : « le mépris,
Et la haine et le fiel, qu'on trouve sur la terre,
Ne peuvent rien sur moi, ne font pas ma misère. »
Toujours, toujours plus haut, loin des esprits charnels, Pour ouvrir le Grand Livre aux dogmes éternels,
l'ombre étoilée
Nous monterons, mon cœur, par la route azurée, Et sans craindre jamais l'espace et la durée ; Nous laisserons F esprit des hommes ricaner, Et les terrestres fleurs à leurs yeux se faner, Et tout se dessécher quand leur désir le touche, Et nous irons cueillir sur la suprême bouche Ce qu'elle nous dira de croire malgré tous, Malgré tous les humains, les sages et les fous !