‹ Morceaux choisisChapitre 29 sur 221 · VERS LA SUPRÊME BOUCHE · texte numérisé non relu

VERS LA SUPRÊME BOUCHE

La contemplation des étoiles pénètre

Tout mon cœur fatigué qui ne peut plus renaître

Aux terrestres espoirs que nous font entrevoir

Les lendemains d'azur que promet un beau soir ;

Et ne voulant plus croire à ces voix passagères

Dont les paroles sont ici-bas mensongères,

Il interroge alors le silence des cieux...

Aux espaces muets il demande, anxieux,

La cause de leurs feux qui brillent sur le monde,

Si dans leur profondeur, que nul regard ne sonde.

Ils ne recèlent pas le secret de son mal ;

N'est-ce pas un orgueil à lui-même fatal

Que de chercher si haut la raison des souffrances

Qui font tarir en nous les moindres espérances ?

Mais c'est là ce qui donne à ses maux tant de prix ;

Avec ivresse il peut se dire : « le mépris,

Et la haine et le fiel, qu'on trouve sur la terre,

Ne peuvent rien sur moi, ne font pas ma misère. »

Toujours, toujours plus haut, loin des esprits charnels, Pour ouvrir le Grand Livre aux dogmes éternels,

l'ombre étoilée

Nous monterons, mon cœur, par la route azurée, Et sans craindre jamais l'espace et la durée ; Nous laisserons F esprit des hommes ricaner, Et les terrestres fleurs à leurs yeux se faner, Et tout se dessécher quand leur désir le touche, Et nous irons cueillir sur la suprême bouche Ce qu'elle nous dira de croire malgré tous, Malgré tous les humains, les sages et les fous !

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