LA FLEUR DE L' ABIME
Nous voyons le précipice Où, sous le pied qui l'émeut, Le caillou qui dormait glisse, Telle une goutte de feu...
Parfois, suprême vestige De la vie, est une fleur Qui balance sans vertige Sa radieuse blancheur.
Elle a d'un côté l'abîme,
Le roc inhospitalier
De l'autre.... qu'elle est infime
Sa part de sol nourricier 1
Mystère I comment vit-elle Sur le bord du gouffre noir Que le corbeau de son aile Seul frôle parfois le soir ?
Ce gouffre dans la montagne, Où tu montes sous le vent D'un rêve qui t'accompagne, Tu le rencontres souvent ;
0 Poète I cet abîme Ne s'ouvre-t-il pas béant En haut vers l'Azur sublime Comme en bas vers le néant ?
54 l'ombre étoilée
T' étonnes-tu si ton rêve, Telle cette fleur qui vit Sur le roc, garde sa sève Si près de la tombe aussi ? ...
Ne vois-tu pas que les lèvres, Qu'entrouvre ce noir tombeau, Aspirent l'azur en fièvres Mieux que le riant coteau ? .
Et dans le penser funèbre, L'immortalité vit mieux, Et le chant qui la célèbre, S'élève plus vite aux cieux I.