‹ Morceaux choisisChapitre 36 sur 221 · RECOMMENCEZ · texte numérisé non relu

RECOMMENCEZ

Dourquoi, Printemps, pourquoi parle-t-on de gaieté }uand Foiseau reparaît sur la branche nouvelle, it que, pour sa couvée, en son chant il appelle .a bénédiction des futurs jours d'été ?

7 est du fond de F Instinct que monte sa prière 2ui semble un cri de joie et qui n'est que le cri )u Recommencement que le Soleil écrit lur toute la Nature en lettres de lumière.

Recommencez I c'est là, c'est encor le conseil )ue transmet toute branche à l'autre qu'elle choque, )ue viennent de crier le corbeau qui se moque, lt le pinson léger qui sonne le réveil.

tecommencez 1 c'est là, tantôt bref comme un ordre, antôt se prolongeant par un lointain écho, endre comme un conseil maternel, et tantôt trident comme un appel de bête qui va mordre ;

58 l'ombre étoilée

C'est le mot qui jaillit de tous les chants d'oiseaux , Au bord de tous les nids que brin par brin ils firent, Quand sur l'écorce neuve ou vieille ils suspendirenl Avec leur duvet blanc celui des prés nouveaux.

C'est le mot de tous ceux ayant un mot à dire, Hurlant dans la montagne ou chantant dans le val Vêtus de plumes d'or ou féroce chacal : Et c'est aussi le mot de celui qui soupire.

Recommencez, vallons, vers la maturité, L'élan des végétaux, que l'éclair les évite ! Reprenez la douceur où l'aurore s'abrite ! Terre, songe aux vertus de ta maternité !

Et recommence, insecte aux sonores élytres, A chanter le soleil ! prends ton bourdonnement, Abeille I et toi, grillon, ton lointain crissement I Et mouche, quand je dors, viens taper sur mes vitre

Recommence, ô mon cœur, à marcher au hasa Aux routes du désir nouveau qui t'illumine ! Dans l'espoir renaissant de te vaincre, chemine, Au caprice d'un souffle, à celui d'un regard !

Le goéland captif, dont deux coups de ciseaux

Ont rogné les deux ailes, Erre dans le grand parc où les premiers oiseaux

Chantent les fleurs nouvelles...

De ton vol sur les mers que reste-t-il encor

A ton aile captive ?

Pas même un peu de brise où les genêts en or

Frissonnaient sur la rive.

Non, l'écho de la vague en son rythme berceur,

Tantôt chant, tantôt râle, N'a pas voulu te suivre en l'eau sans profondeur

De ce bassin ovale.

Et tu marches dans l'eau, ne pouvant y nager,

Parmi la terre glaise, Et tu vas sur le bord, pauvre oiseau naufragé,

Au pied de la falaise.

60 l'ombre étoileè

La falaise 1 un rocher qu'un amateur mit là

Pour faire une cascade, Où tu peux te hisser, toi, roi des airs, tout las

Sur ton aile malade.

De là, ton bec semblant défier le destin Dont ta fierté s'étonne,

Tu cherches l'horizon, au delà du jardin, De la mer qui moutonne I

Hélas ! la branche nue, au delà des gazons

Où le printemps s'éveille, Laisse après des maisons ne voir que des maisons

Dont le toit s'ensoleille.

Et tes ailes déjà s'ouvraient au vent du nord,

Oubliant leur faiblesse ; Mais le morne horizon, avant un seul effort,

Les fait choir de tristesse...

L'exil pèsera-t-il sans espoir pour toujours

Sur ta lente agonie, Malgré qu'à tes appels les hommes seront sourds

S'ils t'ont laissé la vie ?

Car c'est pour leur plaisir qu'ils te prirent vivant ;

En prison tu peux vivre.

Te faudra-t-il toujours voir fuir au loin le vent,

Et sans pouvoir le suivre ?

Au désir de revoir l'Océan trop lointain

L'infirmité s'oppose...

Mais tu demeures fier sur le rocher mesquin

Où le malheur te pose...

Et ton aile pendante abrite ton espoir ;

Il n'est rien d'invincible Pour l'instinct d'être libre, et le vœu de revoir

Ce qui nous fut visible.

Tu sens que, loin de l'homme, on retrouve l'essor

Sur l'aile qui repousse, Et peut vous reporter vers les horizons d'or

Et dans la clarté douce.

Ainsi, tel l'oiseau gris de cette fin d'hiver,

Mon errante Pensée Vécut sous le ciel bleu du rêve sur la mer

Où bouillonne l'Idée.

Tantôt elle montait vers le clair firmament,

Aspirant l'empyrée, Et tantôt descendait prendre un autre aliment

Dans la vague azurée.

Car il fallait d'abord qu'un Rêve transparent

La prît dans son fluide Et lui donnât le feu qui sommeille et qui prend

Dans un essor splendide ;

62 l'ombre étoilée

Avant qu'elle pût voir dans un nouvel effort,

Sur la vague azurée Où les reflets d'en haut la poursuivaient encor ;

Nager dans la marée ;

S'emparer d'une idée où tout l'azur premier

Du grand Rêve flamboie, Dans le rayonnement infini tout entier

Prendre la chaste proie...

Et ma Pensée, allait, volait, s' enrichissant

Chaque jour davantage, Et sans cesse ajoutait à l'hymne grandissant

Une nouvelle page...

Elle toucha la terre, un beau jour ; les humains,

La voyant apparaître, Afin qu'elle chantât leur boue et leurs festins,

Voulurent la connaître.

Ne se défiant pas, elle quitta son ciel

Pour les voir — o démence ! —

IJs voulurent sur eux et leur plaisir mortel Tromper son innocence.

Ils prirent ma Pensée et, la faisant venir

Au terrestre domaine, Voulurent l'attirer — et ce fut leur plaisir —

Dans la prison humaine.

Ils lui dirent alors : « Vois la réalité,

Ne sois plus chimérique, Regarde-nous, crains-nous ; cherche la vérité,

Toi qui fus magnifique,

« La vérité humaine où la fange est la loi ;

Toi qui fus, dans l'espace, L'oiseau battant ces flots clairs et cet air pur... Toi !

Viens, prends chez nous ta place I »

Mais elle, ignorant tout de ce qui F entourait,

Chercha son ciel, sa grève Par delà le mensonge, où naissait et mourait

L'humanité sans trêve.

Elle comprit, hélas ! qu'elle ne pourrait pas,

Sur la terre malsaine, Retrouver rien de haut dans ce séjour trop bas,

Ni la beauté lointaine ;

Car les hommes avaient, sur son aile, rogné Tous ses enthousiasmes ;

Et l'air qui l'entourait était trop imprégné D'empoisonnés miasmes.

Elle sentit que, tant que l'humaine prison

La retiendrait captive, Elle ne verrait pas de mystique horizon

Ni de magique rive.

64 l'ombre étoilée

Mais elle pleure au fond d'elle-même pourtant

Ayant cru qu'était belle Cette vie, elle voit que rien n'est laid autant

Que la chose mortelle...

Elle me dit que, loin de ce séjour empli Par les rumeurs humaines,

Elle peut retrouver l'essor qui l'anoblit Vers les routes lointaines.

Oui, tout ce qui l'entoure est bien près d'être mort.

Que mon âme le veuille, La prison croulera sous le céleste effort

Du cœur qui se recueille 1

Dans ce qu'on lui vola de sa plume d antan

L'aile de ma Pensée, Perdant l'espoir humain, n'aura plus de penchant

Vers la terre insensée !

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