A LA PAIX DU SOIR
0 douce paix du soir qui lentement ruisselles,
En flots harmonieux, De cette ombre où déjà des milliers d'étincelles
Eblouissent mes yeux ;
Je veux vers toi, ce soir, élever mon front pâle,
Où trop de jour a lui, Et je te confierai dans un nocturne râle
Mes rêves d'aujourd'hui.
Qu'un autre garde en soi les illusions folles
Qui le font croire en vain ; Qu'en lui-même il réserve à toutes ses idoles
L'oubli du lendemain.
Moi, je ne veux garder que l'éternelle crainte
De n'avoir rien offert ; Et je veux voir se perdre aux yeux de tous l'empreinte
De ce que j'ai souffert.
66 l'ombre étoilée
A quoi bon rappeler qu'une image charmante
Nous a, tendre contour, Laissé l'écho sans fin, qui toujours se lamente,
D'un départ sans retour I
A quoi bon rappeler une ivresse perdue
Dans l'océan du fiel, Et vouloir recueillir dans la vaste étendue
Les restes de son miel 1
Celui qui, sans compter, prodigue sa misère A tout nouveau matin,
Dont il voudrait pouvoir enrichir la lumière De son pâle destin ;
Celui-là trouve en soi la féconde puissance
De créer ce qu'il voit, En même temps, hélas 1 l'austère jouissance
La plus triste qui soit...
O douce paix du soir qui lentement ruisselles,
En flots harmonieux, De cette ombre où déjà des milliers d'étincelles
Eblouissent mes yeux,
Je viens vers toi, ce soir, d'élever mon front pâle
Où trop de jour a lui, Et de te confier dans un nocturne râle
Mes rêves d'aujourd'hui.