‹ Morceaux choisisChapitre 37 sur 221 · A LA PAIX DU SOIR · texte numérisé non relu

A LA PAIX DU SOIR

0 douce paix du soir qui lentement ruisselles,

En flots harmonieux, De cette ombre où déjà des milliers d'étincelles

Eblouissent mes yeux ;

Je veux vers toi, ce soir, élever mon front pâle,

Où trop de jour a lui, Et je te confierai dans un nocturne râle

Mes rêves d'aujourd'hui.

Qu'un autre garde en soi les illusions folles

Qui le font croire en vain ; Qu'en lui-même il réserve à toutes ses idoles

L'oubli du lendemain.

Moi, je ne veux garder que l'éternelle crainte

De n'avoir rien offert ; Et je veux voir se perdre aux yeux de tous l'empreinte

De ce que j'ai souffert.

66 l'ombre étoilée

A quoi bon rappeler qu'une image charmante

Nous a, tendre contour, Laissé l'écho sans fin, qui toujours se lamente,

D'un départ sans retour I

A quoi bon rappeler une ivresse perdue

Dans l'océan du fiel, Et vouloir recueillir dans la vaste étendue

Les restes de son miel 1

Celui qui, sans compter, prodigue sa misère A tout nouveau matin,

Dont il voudrait pouvoir enrichir la lumière De son pâle destin ;

Celui-là trouve en soi la féconde puissance

De créer ce qu'il voit, En même temps, hélas 1 l'austère jouissance

La plus triste qui soit...

O douce paix du soir qui lentement ruisselles,

En flots harmonieux, De cette ombre où déjà des milliers d'étincelles

Eblouissent mes yeux,

Je viens vers toi, ce soir, d'élever mon front pâle

Où trop de jour a lui, Et de te confier dans un nocturne râle

Mes rêves d'aujourd'hui.

Page 1