MONTER
Arracher de ses yeux les restes d'un bandeau I
En soi ne plus sentir le poids de son fardeau 1
Etre celui qui monte en n'écrasant personne I
Sans vouloir que la foule applaudisse ou s'étonne,
Monter pour que la voix porte toujours plus loin
Les mots d'amour dont l'homme aura toujours besoin !
Et monter sans orgueil, au nom de la Justice,
Pour qu'un soleil plus proche en les cœurs resplendisse I
Pour faire lire à tous l'éternelle Bonté
Qui rayonne sur tous, encor, encor monter 1
L'AFFRANCHISSEMENT DE SOI-MÊME Ecrit dans la montagne
C'eit ici que l' Eternité Commence à se faire visible, Et mon cœur toujours agité Te voit toujours aussi paisible ;
Mais à cette agitation
Qu'il t'apporte avec lui, Montagne,
Va s'ajouter l'émotion
Qui près des sommets l'accompagne.
Ce n'est pas un caprice vain Qui lui fit désirer la vue D'un paysage plus hautain A mon âme qui s'était tue...
l'affranchissement de soi-même 71
Devant les fleurs que les jardins, Au bord des coquettes allées, Venaient m'oftrir ; sous les sapins, J'aime mieux celles des vallées,
Qui poussent parmi les cailloux, Contre lesquels, pour leur cueillette, Tu vas te meurtrir les genoux Avec ravissement, fillette 1
Que de pleurs aurais-tu versés.
Si, dans un parc au mur sévère, Tes fins genoux s'étaient blessés D'une meurtrissure légère î
Mais ici, ma charmante enfant, Tu poursuis d'une âme ravie Les jeux qu'en ville on te défend :
Et cela c'est toute la vie 1
Enfant, comme aujourd'hui, plus tard, De quelque mode prisonnière, Qui pourra te blesser sans art, S'en ira ta gaieté dernière ;
Si le Poète ne dit" pas Quelle grâce fière et frivole Tu dois mettre en chacun des pas Où sa sollicitude vole :
72 l'ombre étoilée
S'il ne te fait, un jour, pas voir, En suivant ta route dorée, Tout le charme qu'il faut avoir Dans une démarche adorée.
Sur le sentier parfois si laid Où la convenance vous mène, Aux blessures que Ton se fait On éprouve une grande peine.
Mais que, par hasard, de ces lois, En jouant, on se débarrasse, Les morsures qu'on sent parfois Ne laisseront aucune trace.
Mais quant au Poète qui vit D'une manière trop abstraite, Pour qu'elle soit la sienne aussi La vérité qu'un autre a faite ;
Parfois lui-même se meurtrit Sur la route qu'il s'est construite, Pour que son cœur marche à l'abri Des chimères à sa poursuite.
Qu'atroce est la déception I Mais qu'échappant à sa contrainte, Il vole à l'inspiration Sans conserver aucune crainte ;
l'affranchissement de soi-même 73
Qu'il monte vers les clairs sommets Où vont le guetter le vertige, La chute parfois... désormais, Contre la souffrance il s'érige.
Il ne veut pas être épuisé Par elle, et, vainqueur, il arrache Tout ce qui dans lui s'est brisé, Pour reprendre plus haut sa tâche.
Bagnères-de-Luchon (Haute- Garonne).