‹ Morceaux choisisChapitre 50 sur 221 · ASPIRATIONS ET REGRETS · texte numérisé non relu

ASPIRATIONS ET REGRETS

Peut-on du temps rapide interrompre le cours ? Pas plus que Je ne puis attacher à sa rive

Cette eau fugitive...

Et cependant jamais tu ne sais où tu cours.

Pourquoi nous retenir sur la pente fatale ?

Si les fleurs du chemin te font mieux pressentir,

O sombre avenir !

Pourquoi, pour les cueillir, s'attarder le front pâle ?

C'est un monde enchanté que tout à coup tu vois, Mais comme rien, hélas ! de réel ne l'habite,

Il est mort si vite Qu'elle n'a pas le temps de le chanter, ta voix !

Ah I que l'on sent parfois, parmi ses rêveries, Quel fleuve impétueux de désirs l'on aurait,

Si l'on adorait !

Hélas I je n'ai que des espérances flétries...

Je les pris à l'azur qui rayonnait en moi. Me reprochera-t-on de vouloir les lui rendre,

En baisant leur cendre ?...

Trouble dont je ne puis jamais vaincre la Loi I

Ce poème s'en va du cœur dont il est né. Est-ce la Loi partout si triste Qu'à l'oubli tout est condamné ?

Que rien ne lui résiste ?...

De plus riches couleurs il l'aurait habillé, Si l'opacité des nuages Ne l'empêchait pas de briller, L'étoile, aux soirs d'orage.

Il l'aurait orné de mots plus étincelants, Si la souffrance qu'il recèle Pouvait, sous des pleurs ruisselants, Jeter une étincelle.

D'une pure cadence il l'aurait animé, Si les arbres, à ces tempêtes, Demandaient un vent bien rythmé Pour secouer leurs têtes...

Pour qui l'a-t-il conçu — répondez, ô Mystère ! Ce doux poème qui le fuit ?

N'aurait-il pas voulu se taire Et le garder en lui ?

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