AU BORD DE L'ÉTANG
Un jonc dresse sa tige droite...
Vois-tu comme l'eau de l'étang, Qui sur le bord du bois s'étend, Avec sérénité miroite 1 Que s'y reflète-t-il pourtant ?
De pauvres feuilles desséchées, Qui, de la rive détachées, Viennent lui demander des pleurs Pour baigner les pâles couleurs Que la rouille a déjà tachées...
Ces lieux calmes semblent perdus.
Car de la fièvre universelle On n'y voit aucune étincelle ; Les pleurs n'y sont pas entendus ; Mais leur solitude recèle, Peut-être, bien des vérités.
Leurs ombrages à l'agonie Livrent bien des flots d'harmonie Aux vents de l'Automne irrités Qui protestent contre la Vie.
« Tout passe, il faut que tout s'oublie » Murmurent-ils confusément.
Mon cœur est un roseau qui plie Sans rompre, et ma mélancolie Qui de vivre fait le serment, Veut être avec magnificence L'âme de tout ce qui renaît.
Elle abandonne au ciel immense, Qui dans elle se reconnaît, Les trésors de son innocence.
Sens-tu comme l'Amour est grand, Quand, en vain, méprisé par Fhomme, A tout ce qui l'entoure il rend Ce qu'à l'Amour divin il prend, Comme s'il s'en savait fils, comme S'il savait que, plus il va haut, Mieux il aura ce qu'il lui faut Pour être celui qui résiste A ce continuel assaut Des doutes qui souvent l'attriste !