BRUME MATINALE
Et bientôt je ne vois plus rien.
Mais soudain une éclaircie Se fait dans la brume amincie
Sur la feuille roussie.
Dans ma brume un peu de jour vient.
Que ce temps me convient I Ma mémoire s'est ressaisie.
C'est là que le deuil automnal
S'est voilé pour me sourire ; C'est là qu'il accorde à ma lyre
Le rêve qui déchire ; C'est là que, dans l'air matinal,
D'un mode moins banal, Toute l'âme sans fin soupire I
Ah ! toute la réalité
Où l'existence se brise Par toute la brutalité,
O mon âme incomprise !
Quelle sombre fatalité
Te ferait plus exquise Pour souffrir et pour méditer ?