‹ Morceaux choisisChapitre 69 sur 221 · LA GUERRE · texte numérisé non relu

LA GUERRE

• « Aux brillantes cités chantait quelle clameur ! Et, tout à ce progrès qu'il attendait sans peur, Oui, l'homme ne savait même pas qu'on en meurt I

« Savez-vous, bonnes gens, quand parmi vous je passe, Ce qui reste des biens que le Labeur entasse, Du foyer, des enfants dont la gaieté délasse ?

« Des informes amas brisés par le canon,

Des orphelins pleurant sur des débris sans nom,

Avant d'être à leur tour massacrés sans raison !

« La Grandeur, la Beauté, sous mes pas tout chancelle. J'allume dans les cœurs la Haine universelle, Qui parmi l'incendie et le meurtre étincelle.

« Tu me dis ton fléau souvent, Humanité, Et pourtant tu me veux ! De la cupidité De maints peuples je vis, et de leur vanité.

« Toujours comme autrefois ira piller la horde De tous ceux dont la force ou le nombre déborde, Et malheur aux naïfs qui rêvent de concorde !

■ Et la Paix rend toujours mon effort plus puissant. Fraternité ? Mais c'est en fleuve grandissant Que par moi veut couler, Humanité, ton sang ;

« Oui, ton sang le plus pur, celui de ta jeunesse ! Il faut que toujours mieux le Monde reconnaisse Par un culte plus beau que je suis sa Déesse ! »

Page 1