‹ Morceaux choisisChapitre 86 sur 221 · FATALE ATTACHE · texte numérisé non relu

FATALE ATTACHE

Ah ! que de voluptés le mois de mai En ses tendresses nous promet I

Le cœur va-t-il songer à sa revanche En ce beau mois qui met Des fleurs à chaque branche ?

Près d'elles encor faut-il qu'il s'épanche ?

Vois-tu, près des roses et blancs lilas, Plus d'un doute l'effleure, hélas !

Sur l'opportunité, mon Dieu, de vivre.

Il entend comme un glas.

Ah ! laissez-le poursuivre Un rêve qui loin du monde l'enivre !

Respectez-en l'essor silencieux

Qui le fait monter vers les cieux.

Imagination ! O quel vertige 1

Sur terre, soucieux.

Si mal je le dirige !

Un instant, cache-moi tes fleurs, 6 tige I

160 trop d'agonies !

Je souffre de savoir que tout éclôt

Sur terre pour mourir bientôt.

Mon âme en fleurs, par l'orage flétrie,

Y dit son dernier mot.

Pour qu'un ciel me sourie, Epargnez-moi l'humaine griserie.

Car, dites-moi, que peut-il rayonner De ce qu'elle sait nous donner ?

Notre sensation demeure obscure.

Pourquoi nous étonner ?

Car sa source est impure.

Elle nous voile tout... en a-t-on cure ?

De soi-même craint-on le reniement,

Lorsque, sans céleste aliment, On croira qu'il est une jouissance ?

De vivre infiniment,

On voudrait la puissance.

Sommes-nous donc d'une si pauvre essence ?

Je veux m'ouvrir à la Perfection ;

Loin de moi la séduction Qui me fait autant sentir ma faiblesse.

Divine attraction !

Quelle est cette caresse ?

Trop d'effluves le frais Printemps me laisse.

Je n'en puis oublier le doux jardin.

Trouble dont j'avais le dédain !

J'y vois déjà tomber plus d'un pétale.

Je retombe soudain...

O vérité brutale I Sur terre, j'ai quelque attache fatale !

Page 1