FATALE ATTACHE
Ah ! que de voluptés le mois de mai En ses tendresses nous promet I
Le cœur va-t-il songer à sa revanche En ce beau mois qui met Des fleurs à chaque branche ?
Près d'elles encor faut-il qu'il s'épanche ?
Vois-tu, près des roses et blancs lilas, Plus d'un doute l'effleure, hélas !
Sur l'opportunité, mon Dieu, de vivre.
Il entend comme un glas.
Ah ! laissez-le poursuivre Un rêve qui loin du monde l'enivre !
Respectez-en l'essor silencieux
Qui le fait monter vers les cieux.
Imagination ! O quel vertige 1
Sur terre, soucieux.
Si mal je le dirige !
Un instant, cache-moi tes fleurs, 6 tige I
160 trop d'agonies !
Je souffre de savoir que tout éclôt
Sur terre pour mourir bientôt.
Mon âme en fleurs, par l'orage flétrie,
Y dit son dernier mot.
Pour qu'un ciel me sourie, Epargnez-moi l'humaine griserie.
Car, dites-moi, que peut-il rayonner De ce qu'elle sait nous donner ?
Notre sensation demeure obscure.
Pourquoi nous étonner ?
Car sa source est impure.
Elle nous voile tout... en a-t-on cure ?
De soi-même craint-on le reniement,
Lorsque, sans céleste aliment, On croira qu'il est une jouissance ?
De vivre infiniment,
On voudrait la puissance.
Sommes-nous donc d'une si pauvre essence ?
Je veux m'ouvrir à la Perfection ;
Loin de moi la séduction Qui me fait autant sentir ma faiblesse.
Divine attraction !
Quelle est cette caresse ?
Trop d'effluves le frais Printemps me laisse.
Je n'en puis oublier le doux jardin.
Trouble dont j'avais le dédain !
J'y vois déjà tomber plus d'un pétale.
Je retombe soudain...
O vérité brutale I Sur terre, j'ai quelque attache fatale !